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Archive pour septembre, 2012


Ma Doué

8 septembre, 2012
Nouvelles | Pas de réponses »

Ma Doué

C’est l’histoire de Tante Gaïd et Tonton Lom

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Ma Doué

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L’Aiglon »

Ma Doué

Par Plijadur le vendredi 13 octobre 2006, 14h30 – GeneralLien permanent

Texte sans photos d’une nouvelle publiée sur le blog Konchennou. Titre: Ma Doué http://konchennou.over-blog.com

Ma Doué: texte (sans photos) d’une nouvelle publiée dans le blog konchennou:

http://konchennou.over-blog.com

Les photos qui accompagnent le texte sont visibles sue le blog konchennou La vierge de Pont-Croix
Autrefois, à l’occasion des noces, on recherchait des gens rigolos pour amuser l’assistance. Dans le Cap, deux personnages étaient très connus pour leur mauvaise langue. Tonton Lom Dribiyoud (mange bouillie) et tante Gaïd Logoden (souris). Hélas, ces personnages ont vieilli, tous deux pensionnaires au foyer logement de Pont-Croix. Mais quand les deux compères se rencontrent, je vous dis pas s’pas. On leur laisse la parole, sur le banc près de la fontaine de N.D. de Roscudon
le 18 mars 2006- Gaïd (voyant arriver Lom)
Te voilà toi!! Ousque t’étais encore ? A Audierne en stop sûrement
Lom
Voui ! J’étais allé voir pour signer la pétition du mur des lamentations (Le mur des Lamentations ou de la contestation à Audierne)
Gaïd
Des lamentations! de la honte oui!! Du  »dismégans » avec eux. 1142 signatures sensément. Ma Doué! Plus tous ceux qui n’ont pas signé parce qu’ils ne savaient pas où c’était. Y aura des morts sûrement dans ce virage. C’est pas 62 logements qu’ils font dans l’usine ?
LOM.
Voui ! T’aurais entendu ça là-bas. Et ça rigolait au comptoir. Y en un qui disait qu’on allait changer tous les noms dans le coin. Les Capucins deviendraient le temple de Salomon, et la Montagne le mont Sinaï. L’autre lui a répondu que Salomon il avait 700 épouses et 300 concubines et qu’on pourrait jamais loger tout ça dans l’ancienne usine . Spontus!!Même que la petite plage deviendrait la bande de Gaza. Ma Doué,Gwaïen en Jérusalem !!
Gaïd: bande de quoi tu dis ? Et qui c’est qui a signé le permis hein ??
Lom : C’est pas moi. Le chef sûrement !!
le 20mars 2003
Les 2 compères se retrouvent après le repas de midi.
Gaïd:

Alors t’as bien mangé aujourd’hui ?
Lom:

Voui. L’andouille à la purée c’était bon. Y en un qui disait  »purée de nous autres »!! Un pied-noir d’Oran je crois. Rapatrié quoi.
Gaïd:
Eveljust, t’as encore bu le pinard de Jeanne-Yvonne comme d’habitude ?
Lom:
Gast, on va pas laisser perdre quand même non !!
Gaïd:
Hier tu parlais du chef qu’avait signé pour laisser le mur des lamentations. Depuis quand qu’il est là le chef ?
Lom:
T’avais qu’à lire le dernier bulletin municipal. Ils ont dit qu’ils étaient là depuis une décade
Gaïd:
Quoi ? 10 jours seulement, et déjà tant de reuz avec eux
Lom:
Non, 10 ans pas 10 jours
Gaïd:
Gast, 10 ans. C’est une décennie alors et pas une décade. Moi j’ai mon CPE, certificat primaire d’études, première du canton et la bise par Madame Fri-Croc en plus. Je me demande si on devrait pas envoyer ça au  »Canard déchaîné »
Lom:
Pas déchaîné, enchaîné que c’est . Peut-être à cause de la grippe aviaire
Gaïd: Et pour le port de plaisance, tu as su quêque chose
Lom:
Ben, avec la pétition, y avait un qui disait qu’on allait faire une aire de carénage à Pen-a-Macha’d
Gaid:<br /> A Plouhinec, jamais y voudront. Tu sais bien, la frontière !! C’est pas des ennemis mais …
Lom:<br /> du Cap quand même s’pas. Là bas c’est pas un quartier maire chef qui commande. Y font du boulot hein ! Et chez eux y a pas de jardin africain comme celui qu’on va faire à Audierne. En plus c’est assez propre. Je pense que monsieur spartacus va aller voir !! Allez Kénavo pour aujourd’hui. Bientôt 4 heures. Mern-Vihen au foyer logement. Tu viens ? Le 21 mars 2006-
Gaïd (devant la fontaine)
Je vous salue Marie pleine de …
Lom
Regarde là! Encore avec son chapelet, en train de faire ses pédennous (prières) comme aux gouspirous (vêpres)
Gaïd
Parfaitement! je devrai pas parce que c’est pour toi que je fais
Lom
Pour moi ?
Gaïd
Parfaitement. Un bolchevik que tu es. Toujours en train de faire le beau avec Jeanne-Yvonne pour un coup de pinard. Ne vous dérangez pas Madame Jeanne-Yvonne, je vais couper vot ‘viande et tout. Tu crois qu’on voit pas! Alors que c’est une  »pikès ». Elle dit tout au recteur, même que je suis sensément une gourmande.
Lom
C’est vrai quand même non ! Gourmande c’est sûr. mais c’est que véniel qu’on dit !!
Gaïd
Tant mieux . Tu es encore allé à Audierne pour lipper un coup de rouge sans doute.
Lom
Non surtout pour les nouvelles
Gaïd
Quoi de neuf alors
? Lom
Tiens regarde
Oye! L’école de pêche. ma Doué. Soit disant qu’on devait faire une école pour l’environnement. pour les travaux pratiques, tranquille. Tout sur place. Et après ? Gaïd
Ma Doué. Tristes qu’elles sont les choses avec nous . Oye, un Tag ?? Le Kurdistan à Audierne ménant. Ma Doué beniguet !! Et ça , Qu’est-ce que c’est ?
Lom
La rue de Tonton René Autret, celui du bateau de sauvetage. soi disant que le chef ne connaît cette ruine Gaïd
Malivurus (malheureusement en phonétique). Ici on fait tout pour la vitrine et rien pour ceux qui sont pas bien placés. C’est pas vrai ?
Lom
si vat !! Et encore
Lom
Voui ! Le mur des Lamentations, sur la route du mont Sinaï Gaïd
C’est encore monsieur Spartacus qui a fait çà sûrement!!!!! Le chef va sûrement piquer une rogne non ?? Et on n’a pas tout vu !
21 mars 2006
réduction du temps de travail pour cause de 35 heures. Repos biologique et compensatoire. Repos pour tout le monde
22 mars 2006
manifestation CPE. Tante Gaïd plutôt pour et un peu contre. En fait, elle ne sait pas. Tonton Lom contre. Gast. Et puis, on a fait Plogoff nous non ? En plus, voilà le parc marin ménant. personne comprend rien. Faudra demander aux chefs
23 mars 2006
Gaïd
Tu parles toujours des chefs. C’est quoi au juste ?
Lom
Je vais te dire. Y a plusieurs catégories: le chef, le vrai chef,le chef moyen, le chef supérieur qui a droit à un chef suppléant, et le sous-chef.
Gaïd Ah, bon. Et ici alors ?
Lom Tu comprends bien que tout ça c’est des affaires de petits chefs et pas de vrais chefs. Y sont pas là pour nous mais pour eux.
Gaïd Ben ça c’est vrai. Ma Doué. Et pour le parc marin alors, c’est comment.
Lom
Soi-disant qu’on l’avait enlevé, pour nous quoi ! Le chef supérieur avait dit que c’était fini. Interrogé les petits-chefs et tout avec lui. Depuis, le chef moyen a dit qu’il était pour. Le chef suppléant lui y pense pas. Il fait comme on lui dit.
Gaïd
Ma Doué, j’y comprends rien. Et nous alors ?
Lom
Droit de se taire. Y sont chefs non ? Y savent eux et nous on est des plouks pour eux. Juste bon pour pour les élections quoi !
Le soir dans la chambre de tante Gaïd: monologue
Il est bien ce Lom quand même. Un Bolchevick bien sûr, mais instruit et tout; heureusement qu’il m’explique un peu. Autrement, je serais toute en distribilh, drochic un peu quoi ! Y faut que je demande conseil, aller mettre un cierge peut-être. Voui, mais où ? A Saint-Tugen peut-être! Non quand même pas. Tonton Lom est bolchevick mais il n’a pas la rage quand même. A Sanspé ?C’est pas loin bien sûr, mais est-ce qu’elle est bien placée là-haut ? On sait pas s’pas ! ça y est, je sais où. A Langroas bien sûr. La chapelle de Notre Dame de Langroas se trouve à Cleden. Monsieur Daniel Bernard, érudit local né au village voisin de Brezoulous, a été statufié près de la chapelle
Monologue dans la chambre de Tonton Lom
Elle est bien cette Gaïd quand même !! Dommage qu’elle soit une calotine quand même !! Si seulement on nous coupait pas les images sur le blog de Spartacus ce serait bien.mais y a du rab comme on disait au service avant !!! ça plaît pas sans doute !
28 mars 2006
Tante Gaïd avait donc décidé d’aller à Langroas. Elle fit arrêter la voiture (un taxi) près de la statue de Daniel Bernard et se rendit dans la maison d’à côté pour demander la clé. Là se trouvait une vieille dame sans âge, encore plus âgée que Gaïd, qui lui demanda si elle connaissait la légende de la chapelle.
La légende de Katel Kerlaer
Un jour, Katel Kerlaër, mendiante de Plogoff, entre dans la chapelle pour faire ses dévotions. Elle s’agenouille devant un groupe de personnages, aperçoit un hibou posé sur la tête de l’un d’eux, le prend pour un saint, et lui débite la prière en ces termes: Gant ho fri croc hag ho ivinou Pardonnit d’eon va fec’hejou
(Traduction)
Avec votre nez crochu et vos griffes pardonnez moi mes péchés
Cette Katel Kerlaër était réputée comme une  »jeteuse de sorts »(Drouk-Avis, mauvais oeil), dont les sortilèges avaient terrifié la population. Une nuit, pour s’en débarrasser, on mit le feu à sa masure, et la vieille sorcière fut brûlée vive.
Tante Gaïd ne croyait pas trop à ces racontars. elle était là pour des raisons personnelles qui ne regardaient qu’elle. Munie de la clé, elle entra donc dans la chapelle dédiée à Notre Dame de la Pitié, représentée par une statue du XVIème siècle, près du calvaire de Roland Dore, et commença à réciter une  »dizaine » pour ne pas avoir l’air d’être venue par intérêt. Le grand silence fut bientôt troublé par une petite voix venue d’on ne sait d’où, qui lui dit:
- Bonjour Gaïd . Je suis contente que tu sois venue me voir. Mais peut-être que tu as quelque chose à me demander
- ma très sainte et vierge très bonne , je suis venue pour Tonton Lom. C’est un brave homme vous savez. Je voudrais, enfin je ne sais pas comment dire ….
- Va ma fille, j’ai tout compris. Il n’ y a pas d’âge pour aimer. Prie encore un peu, et retourne à Pont-Croix. Le taxi attend. Tu retourneras près de la fontaine de Roscudon comme d’habitude et on verra !
Sur le chemin du retour, le chauffeur se posait des questions. tante Gaïd avait des voix:
Intron Varia Langroas, Mam garet or Salver Holl d’ho chapelig bep bloaz, ni a zired seder….
Traduction
Notre Dame de Langroas, mère aimée de notre sauveur Tous dans votre chapelle chaque année, nous sommes sereins..
Elle n’allait tout de même pas se faire nonne, à son âge. Mais elle avait le droit de chanter non ?
Arrivée à Pont-Croix, le premier qu’elle voit c’est Tonton Lom:
- Ousque t’étais encore ?
- ça te regarde pas
- T’es une vraie penn kalet (tête dure) quand même ; ça me regarde pas! Me parler comme ça à moi ! comme à un genaoueg echu (imbécile fini). T’as pas honte non ? Faut pas croire que parce que tu es de Goulien tu as droit de prendre ceux de Meilars pour des Termaji (saltimbanques). Je suis de Kerbiguet moi, et pas de Kermaden. Avec leur réserve d’oiseaux qu’est-ce qu’ils se croient ceux-là. C’est eux les oiseaux, tous des gaoleg (crâneurs) là bas !!
29 mars 2006
La première à s’apercevoir qu’il y avait un peu d’eau dans le gaz entre Lom et Gaïd, fut Jeanne-Yvonne. Tonton Lom avait pris sa serviette et était allé manger tout seul, au fond de la salle sans dire un mot. Officiellement elle ne savait pas que Gaïd était allée à Langroas. Mais en soulevant le rideau de sa chambre elle avait vu le taxi, et après en posant les bonnes questions ici ou là, elle avait su. La situation était donc grave puisque à Cleden ça avait fait chou blanc. Il ne restait plus qu’à en parler à la directrice pour ne pas garder cela pour elle. On ne sait pas jamais s’pas !! Après réflexion, la directrice dit:
-il faut que j’aille à Cleden aujourd’hui, vu que je m’occupe de plusieurs maisons. Si vous voulez, je passe par Beuzec et je vous dépose au bourg. J’ai entendu dire qu’il y avait une fontaine là-bas. Je ne sais pas à quoi elle sert mais si on pouvait les emmener, soi-disant pour une excursion, on aurait encore une chance.
- Jeanne Yvonne répondit qu’elle était venue là autrefois avec sa grand-mère et que soi-disant les choses s’étaient arrangées avec cette fontaine.
Ce qu’il faut donc c’est préparer l’excursion.
Gaïd et Lom, chacun dans leur coin, ne se parlaient plus. C’est Jeanne-Yvonne qui remua tout le monde en disant:
- En route pour Beuzec . Excursion !!
Il n’était pas d’usage de faire bande à part au foyer logement. Il fallait donc aller à Beuzec. Gaïd prit son parapluie car à Beuzec il pleut parfois, même pour la fête des Bruyères (gouel ar brug). Lom comme d’habitude, le chupen (veston) du dimanche pour les sorties.
La directrice connaissait bien la route. En passant devant Sanspé, elle fit le guide. Regardez la chapelle de Sanspé, Sainte Espérance. Il ya même un cantique :
Pedom oll gand fizians Gwerhez an esperans
Traduction:
Prions tous avec confiance La vierge de l’espérance
Jeanne-Yvonne se disait qu’il y avait donc de l’espoir pour que les choses s’arrangent avec un tel cantique. Mais la voiture ne s’était pas arrêtée et avait continué vers Beuzec, juste avant le cimetière. Là, la directrice donna ses ordres.
- au bout du petit chemin, vous verrez, il y a une fontaine. Allez la voir, et après rendez-vous à la mairie pour vous reposer un peu. Tout le monde est gentil là-bas. Je préviens le secrétaire en passant pour le cas où il y aurait des problèmes Je vous reprendrai en revenant de Cleden. A tout à l’heure .
Et voilà le trio, en route pour la fontaine dont personne ne savait le nom.
30 mars 2006
Arrivés devant cette superbe fontaine, tante Gaïd était prête pour son chapelet comme d’habitude, et Tonton Lom bougon comme d’habitude aussi, se demandant ce qu’il était venu faire là, et qu’il aurait pas trop bonne mine quand le syndicat saurait ça. Voilà tante Gaïd qui s’avance pour aller voir de plus près, et vlan….Une  »dirapadenn » je te dis pas, étalée tout son long dans l’herbe, parapluie parti, KO quoi !!
(Il faut savoir qu’il y a plusieurs manières de parler breton. Le breton comme on dit  »chimic » réservé aux intellectuels, subjonctif et tout compris, le breton chic, un peu aristocrate et moins littéraire, et le breton du Cap, qui est un doux mélange de ce qui se disait sur les quais d’Audierne entre marins , et ce qui se disait à Pont-Croix, à l’occasion des foires. En breton chic on aurait dit rikladenn ou ruzadenn pour glissade, et non dirapadenn, langage démocratique du verbe  »diraper ».)
Le sang de tonton Lom ne fit qu’un tour:
- mais qu’est-ce que tu fais ? Tu vas attraper une fracture du col du fémur, avec pompiers pin-pon et tout. Malivuruz ! Qu’est-ce qui nous arrive.
Jeanne Yvonne avait pris son portable, téléphoné à la mairie, tombée sur Jean-Pierre le secrétaire qui dit  »J’arrive »
Tonton Lom, homme d’action, avait attrapé la main de tante Gaïd pour la relever, et Gast, il s’était senti senti tout drôle. Une main comme je te dis pas. Lui il avait été tailleur de pierres, et elle plutôt avec les vaches, surtout à traire quoi. Des mains de Capistes travailleurs, de la base quoi, et ma Doué personne enlevait sa main. Voilà Jean-Pierre qui arrive avec sa voiture personnelle, tante Gaïd toujours par terre, mit tout le monde dans la voiture, Jeanne-Yvonne devant, tante Gaïd et tonton Lom derrière, et en route pour la mairie. Dans le rétroviseur il avait vu que… Ma Doué, 2 mains l’une avec l’autre comme des enfants qui s’aiment.
Jean-Pierre voulait avertir le maire vu que c’était un évènement. L’autre secrétaire faisait le café pour réchauffer toutes ces vieilles personnes. Les 2 amoureux ne voulaient pas déranger. Tante Gaïd avait dit:
- Ce n’est rien! Y a pas de fémur cassé. Tout va bien
Tonton Lom pas content demandait qu’on aille à Douarnenez faire le scanner par précaution.
A la mairie ils étaient au courant qu’il n’y avait pas de scanner à Douarnenez. Jean-Pierre pouvait pas trop dire à cause du devoir de réserve d’un fonctionnaire assermenté. C’est le facteur venu remettre le courrier qui avait tout entendu:
- un scanner à Douarnenez ! Du baratin oui !! Ah, pour les élections on est les plus beaux. On nous donne tout vu qu’on est quand même autour de 16000 tous ensemble dans le Cap!! Et que je te donnerai le désenclavement du Cap, le scanner et tout quoi !! Même qu’on veut maintenant nous donner un parc marin qu’on demandait pas. Plus moyen de pêcher une godaille sans avoir un pied à coulisse dans la musette. Bientôt il faudra une autorisation administrative pour détenir une mitraillette à maquereaux, alors qu’elles sont en vente libre à la coopé d’Audierne. Pour des plouks qu’on nous prend alors qu’on est incontournables comme d’autres !!
Le facteur était parti en bougonnant, quand la directrice était arrivée, en provenance de Cléden. On lui avait tout raconté. Sans perdre son sang froid, elle avait dit
- En voiture tout le monde.
Dans le rétroviseur, pareil! Deux mains, l’une dans l’autre, sans dire un mot. Personne ne disait rien pour ne pas déranger. Même Jeanne -Yvonne qui n’avait pas de rétroviseur se disait qu’on était peut-être pas loin du compte. Et voilà la voiture en route vers les éoliennes de Goulien, tourne à gauche direction les Quatre-Vents, la Croix Rouge, traversé le bourg d’Esquibien sans s’arrêter parce que… (toutes ces épaves de voitures pas oubliées s’pas), Lervily, sans hésiter Sainte-Evette, remonté la petite rue vers Lezongar où on devait paraît-il construire encore des blocs, alors qu’il y avait déjà des blockhaus de la guerre, garé la voiture et voilà !!
A nouveau devant une fontaine, celle de Sainte Evette, la sainte aux trois couronnes. La directrice qui savait beaucoup de choses, prit la parole et dit
- Vous vous rendez compte. On nous a encore volé la statue de la sainte. C’est la 2ème fois. Une fois on l’a retrouvée mais cette fois -ci . Bléo !! (cheveu; on aurait pu dire netra c’est à dire rien. voilà qu’elle se mettait à parler breton celle-là maintenant ; nous en reparlerons)
Tonton Lom qui n’avait pas envie de se retrouver avec une nouvelle affaire de fémur sur le dos, vu qu’on avait vu qu’il n’y avait pas de scanner à Douarnenez, tenait sec la main de tante Gaïd à cause des cailloux comme on voit sur la photo.
Mais c’était l’heure de la soupe. Retour par Audierne, un coup d’oeil sur la digue (avant et après les réparations) et voilà encore! L’école de pêche, et juste après le  »mur du son » ou des Lamentations Le mur (pour lequel rien n’avait été prévu parce qu’il est plus simple de prévoir après) à moins qu’il ne s’agisse du mur de Berlin, soi-disant détruit ( en langage des quais on pourrait dire détruit sensément s’pas)
Triste quand même les choses avec nous s’pas !!
Après avoir traversé Audierne (Jeanne-Yvonne était encore allée pour expliquer la décade et la décennie version audiernaise, même que la directrice avait dû dire : taisez-vous, vous êtes un peu mauvaise langue Madame Jeanne-Yvonne. Puisque tout le monde le sait ce n’est plus la peine d’en parler !! Pas contente Jeanne-Yvonne parce que soi-disant, ce n’était pas une faute de frappe d’après elle. )
Direction Pont-Croix et un coup d’oeil sur la rivière au pont Physique et les voilà à Pont-Croix, juste à temps pour la soupe. On n’ avait pas eu le temps d’expliquer d’où venait le nom de pont Physique. On verra ça demain car le repas n’attend pas.
31 mars 2006
Bon, revenons au pont Physique. On pourrait croire que ce nom viendrait des ballets de korrigans qui, par exemple, auraient pu se dérouler sous ce pont, à la pleine lune, puisque la magie se dit:  »taol fisik » en breton. Mais le Cap est le Cap et pas la forêt de Brocéliande. La réalité est plus terre à terre.
Il y avait autrefois, à Pont-Croix, un séminaire en activité. Monsieur l’abbé Roland Guizouarn, originaire de Plonevez-Porzay, enseignait la physique et la chimie dans cet établissement. Les séminaristes l’avaient baptisé  »Père Physique ». Lors de la promenade dominicale, il aimait accompagner les élèves vers son coin préféré, un pont sur le Goyen, près de Suguensou. Voilà comment et pourquoi le pont est devenu pont physique et passé à la postérité sous cette appellation. Le pauvre père  »Physique » est mort en 1846, à Porspiron (Beuzec) , au cours d’une partie de pêche. Et tout cela a été raconté dans une  »gwerz » mais on n’a pas le temps d’en parler, il faudrait une décade s’a pas .Encore !! Décidément !! On l’oubliera pas celle-là. Elle aurait pu être prononcée devant tous nos représentants à Paris, et alors, je te dis pas:
 »pour avoir l’air.., on aurait eu l’air…..<br />
Revenons à la sortie d’hier. Après le petit déjeuner, réunion des états généraux dans la grande salle du foyer logement. On allait devoir prendre des mesures.
C’est Jeanne-Yvonne qui fit une réclamation sur Beuzec. Ecoutez là
- Voilà. On a fait le tour chez vous. Le café à la mairie, bien. Mais c’est la fontaine qu’on n’a pas pu trouver tout de suite. Y a pas moyen de mettre une petite plaque à l’entrée du chemin, des explications un peu et tout quoi. Quand même , il faut pas une décennie pour faire ça. Et Vlan, elle avait réussi à placer son truc. Pour le reste on avait trouvé propre, pas de casse de voitures dans la plus grande commune du canton (3453 hectares), comme à Audierne (294 hectares). La commune de Beuzec, 12 fois plus grande que celle d’Audierne, arrivait à être 12 fois plus propre que l’autre, malgré les fermes et tout Et pour les paysages, je et dis pas !! Allez, cherchez un peu. Entre les pointes du château et celle de Luguenez pour la première. Du côté de Porspiron la 2ème. Le premier qui trouve le met dans les commentaires, en bas. Il y en a déjà. Et n’oubliez pas de comparer avec les paysages d’Esquibien et d’Audierne même si on les a déjà vus Le 2 avril 2006 Hier , on avait été obligé de faire la pause à cause du poisson d’avril, vu qu’il y avait eu des blagues au foyer logement. Il avait donc fallu fermer les états généraux et il y en un qui avait dit qu’il n’y avait qu’à continuer sur le forum du Cap-Sizun. Tonton Lom qui n’était pas encore remis de son affaire de col de fémur avait vu rouge:
-Du faux rhum. Qu’est que c’est encore? De la contrebande? On ne trouve plus de  »Négrita » ? Assez comme çà non !!
Il avait fallu lui expliquer que c’était un forum, avec des photos et des interventions parfois en breton. cela l’avait calmé, mais il n’était pas à prendre avec des pincettes. Gast !!Un fémur qu’on aurait pu perdre à Beuzec ! Aurait plus manqué que ça ! Et tante Gaïd à l’hôpital sans scanner. Il fallait réfléchir, en parler au syndicat, et surtout aller respirer l’air de Pont-Croix pour se changer les idées. Et pas question d’aller vers la fontaine pour ne pas rencontrer qui vous savez …
Il se dirigea donc vers le Goyen et ma Doué, comme c’était beau !!
Le moulin mer, le Goyen et les  »dour-maro » (eau morte) plus haut avant d’aller sur un banc, en face, près du lavoir Puis il remonta dans le petit bois regarda le ruisseau qui alimentait le lavoir et revint encore sur le banc
Sa décision était prise: d’abord, il n’irait pas au syndicat, cela ne les regardait pas. Ensuite, il demanderait son changement pour la maison de retraite de Cleden si nécessaire. Pas à Audierne à cause des casses de voitures qu’il ne voulait pas voir. De toutes façons les choses ne pouvaient pas rester en l’état au foyer logement, même dans une petite cité de caractère comme Pont-Croix. On allait voir de quoi un tonton Lom était capable.
Il savait où trouver celle qu’il cherchait, et se dirigea sans hésiter vers la fontaine. Elle y était bien comme d’habitude et sans doute déjà rendue à 2 tours complets plus 2 ou 3 dizaines. Voyant arriver Lom, vite elle dissimula son chapelet pour ne pas l’indisposer d’emblée. Ecoutez ensuite:
elle: alors ça va. Tu as bien promené
llui: voui. On peut pas dire
- alors ça va
- ça va Silence
- ça va bien quoi
- oui ça va.. Mais tu m’écoutes pas. Gast alors, t’écoutes pas
- Si mais tu dis rien
- Moi, je dis rien. ça alors. C’est que j’aimerais bien faire la noce avec toi là voilà
- quoi ? La noce avec moi , Une demande en mariage que tu me fais
- Là ! C’est fait
Et Tante Gaïd se mit à pleurer. Tonton Lom tout retourné croyait avoir mal dit les choses . Il voulait une explication, tout en essuyant les larmes avec son grand mouchoir à carreaux, disons le, plus ou moins douteux.
- Alors ,
- J’aurais bien voulu dit tante Gaïd, mais je ne peux pas
- Tu peux pas, pourquoi?
- Voilà, tu ne sais pas tout. J’ai Guiguitte
- Qui c’est ça encore
- ma fille !!
- quoi ? Mais tu as dit que tu n’étais pas mariée
- Justement
- Donc si tu disais oui, j’aurais une fille moi aussi alors que je suis vieux garçon
- Sûrement ! En fin, si elle voulait bien et toi aussi
- Gast, moi je veux. mais où elle est ?
- à Paris. Elle vient pour les vacances. Même qu’elle avait acheté des crêpes dentelles pour tout le foyer logement l’été dernier
- mais tu disais que c’était ta nièce
- Oui, à cause de Jeanne-Yvonne et sa langue. J’aurais eu honte
- honte de ma fille à moi !! On va voir !! Gast, honte de ma fille non mais..ça alors. le 3 avril 2006 Nous avions laissé tonton Lom hier, un peu assommé par ce qu’il venait d’apprendre. Les 2 petits vieux remontaient tranquillement vers le foyer logement, en se tenant par la main, la main dure et calleuse du tailleur de pierres dans la main rugueuse et ridée de la femme de la terre. Deux mains qui se comprenaient sans parler. Ce fut tante Gaïd qui rompit le silence:
- Je ne t’ai pas tout dit
- Quoi encore
- Il y a les petits-enfants aussi
- Des petits-enfants
- oui. Deux: Tugdual et Brigitte-Edwette
Tonton Lom reprit son souffle, regarda Gaïd droit dans les yeux et dit
- moi non plus, j’ai pas tout dit
Tante Gaïd s’attendait à une catastrophe qui, peut-être mettrait tout par terre
- Je suis un enfant de l’assistance comme on dit. Là, personne ne le sait sauf toi. J’ai été élevé à Kerbiguet par des braves gens, puis la marine pendant la guerre, torpillé à Mers-el-Kébir, et tailleur de pierres ensuite jusqu’à la retraite. Pas de parents; j’ai vendu ma petite maison pour payer le foyer logement et voilà
- Torpillé, et tu es là !
- Oui. Un coup de chance. J’avais appris à nager à Porspiron, sur la petite plage qu’on a montré plus haut, et j’ai pu rejoindre la côte
- Tout seul ?
- Non !!
Il n’avait pas l’air de vouloir en dire davantage. Tante Gaïd respecta le silence et reprit la parole:
- Moi j’ai encore ma petite maison à Goulien, pas loin de Kerguerriec, tout près de chez Noella.
- Qui c’est Noella ?
- Une grande dame de Paris. Première danseuse à l’opéra, même danseuse étoile je crois, Noella Pontois qu’elle s’appelle
- Et elle a une maison là
- Oui, pour se reposer parce qu’elle trouve que c’est beau. Je crois bien que j’ai des photos mais il faut que je les cherche. Je vais quand même te montrer où on allait laver le linge, à Bremeur et même des fois à Plogoff.
ici c’est la vue vers la mer, et après le lavoir
Celui-là c’est Plogoff, à Kerhuon. Même que des fois il fallait aller jusqu’au bourg de Goulien et plus loin à Saint Goulien – Oui, les temps étaients durs. Mais cette maison, on pourrait pas l’arranger un peu pour Guiguitte et les petits enfants ?
- C’est fait. Guiguitte a pris l’architecte, et tu verras maintenant. On ira, quand il fera beau et que les enfants seront là.
- Gast, oui alors. On ira !! Et s’il y a des pierres tu verras que je sais encore faire. Mais comment on va dire tout çà au foyer logement – Pas la peine de combiner quoi que ce soit. Jeanne-Yvonne a dû tout raconter déjà. En arrivant on saura. Il n’y aura qu’à regarder
4 avril 2006 Tante Gaïd ne s’était pas trompée. Tout le monde attendait leur retour, et les yeux des anciens étaient pleins de points d’interrogation.Un grand silence s’était abattu sur le foyer logement. Habituellement, la télévision apportait un bruit de fond, aujourd’hui elle ne fonctionnait pas; la directrice fut obligée de prendre les choses en main; – Bien. Je crois qu’il y a du neuf n’est-ce pas ? (Jeanne-Yvonne n’en perdait pas une ). – Tonton Lom répondit qu’effectivement il y avait du nouveau puisqu’il avait décidé de se marier avec Tante Gaïd, qu’elle était d’accord, et qu’il fallait prévenir les enfants, publier les bans, prendre contact avec la mairie et la paroisse, enfin tout quoi !! Ma Doué, t’aurais entendu çà au foyer logement. plus personne ne pensait à la soupe et chacun donnait son point de vue en français, en breton dans un brouhaha indescriptible. Jeanne-Yvonne parlait plus fort que les autres: – Je vous avais bien dit qu’il y avait quelque chose. Même que j’en avais parlé au recteur pour lui demander conseil. Vous savez ce qu’il m’a répondu que les voies du seigneur étaient impénétrables et qu’il arriverait ce qui devait arriver. Moi, j’avais prévenu hein. Le reste, tant pis !! La directrice reprit la parole: – Tante Gaïd, votre fille Guiguitte est au courant ? Oh, Ma Doué, le pot aux roses ! Tout le monde savait désormais que la nièce était la fille et que…enfin, vous voyez quoi !! Bon, je lui adresse un mail pour l’informer et lui demander son avis. Tonton Lom demanda pourquoi on ne téléphonait pas, et que çà irait plus vite. Tante Gaïd fut obligée d’expliquer que Guiguitte n’était pas en France vu son métier, qu’elle était en Afrique, médecin sans frontières, toujours à soigner les gens, surtout les pauvres, vu qu’elle n’oubliait pas qu’elle était née pauvre. Tonton Lom, complètement abasourdi, demanda comment on avait fait pour payer les études, vu que ça coûtait cher et tout. Tante Gaïd répondit qu’elle avait fait beaucoup de lessives après le travail de la ferme de ses patrons, et même des ménages chez les touristes et que Guiguitte avait obtenu une bourse, qu’elle avait travaillé dans les restaurants pendant les vacances, et que peut-être le Bon Dieu … La secrétaire vint parler à l’oreille de la directrice qui se leva pour vérifier. C’était la réponse de Guiguitte. Juste un mot: J’arrive ! 6 avril 2006 Donc on attendait Guiguitte. Après le petit déjeuner, les conversations allaient bon train au foyer logement. Voilà le téléphone à nouveau. La secrétaire appela la directrice pour lui dire: On vous appelle d’Abidjan. Air France. L’avion en provenance de Cotonou au Bénin est en escale technique. 24 heures de retard. La poisse quoi ! Tante Gaïd sortit son mouchoir, et …Tonton Lom fut obligé de prendre les choses en main pour éviter le coup de cafard: – Appelez moi un taxi, le même que celui qui est allé à Langroas l’autre jour. On va faire un tour. Finalement, les formalités pouvaient attendre. Il voulait montrer à Tante Gaïd ce qu’il croyait savoir de ses origines, et en route. Sorti de Pont-Croix par Kéridreuff, direction Plozévet, un petit bout de route, tourne à gauche, et voilà ! Ils étaient arrivés devant l’étang de Poulguidou à Plouhinec, et en montrant la petite maison de la photo d’en haut, ou plutôt ce qu’il en restait, Tonton Lom dit: – Voilà; J’ai appris que j’étais d’ici, qu’il y avait eu du malheur dans ma famille et ensuite ..et bien tu sais n’est-ce pas ? On allait encore avoir droit au mouchoir de Tante Gaïd et Tonton Lom dut faire preuve d’autorité: – allez, on continue Ils avaient repris la route pour aller vers Pors-Poulhan, et là, pas moyen de faire une photo, ça ne marchait plus. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Retour vers Audierne pour acheter des piles neuves, et Tonton Lom avait son idée. Il voulut monter vers l’église par la rue double, fit arrêter le taxi un peu avant, et montra à Tante Gaïd une porte de toute beauté, au bas de la venelle de l’école sainte Anne avant son déménagement; – pas possible d’avoir des choses aussi belles à Audierne, et des casses de voitures en même temps grommela Tonton Lom. Tu te rends compte, une photo de la rue du tonton Autret ici. De quoi on aurait l’air ! Allez, on continue. Devant l’église neuve (saint Joseph), le taxi remonta la petite route qui va vers le Castel, et s’arrêta à la porte du cimetière. – je vais te montrer quelque chose dit Tonton Lom; Il avait l’air de connaître les lieux, et s’arrêta devant une tombe Tu vois: en haut, c’est la tombe du premier maire d’Audierne, Monsieur Dumanoir et à côté la tombe de Guezno. Tout cela est abandonné. Même pas un bouquet de fleurs à la Toussaint. On nous a raconté l’histoire au syndicat. Monsieur Dumanoir avait été élu au Capucins, dans le réfectoire lors du premier conseil municipal à la révolution, et Guezno (Mathieu), député à la Convention, avait voté la mort de Louis XVI. C’est pour cela qu’il avait été obligé de s’exiler, quand les autres avaient repris le pouvoir. Un coup de peinture sur l’entourage, une petite pancarte pour expliquer un peu ça aux gens, surtout aux touristes. Non, non ! Plus de sous encore, et surtout pas d’idée car un pot de peinture, tu parles !! Sur la tombe il y a une inscription, mais plus personne ne peut la lire; Pas d’idée là encore ! Même que Guezno avait été appelé le Jacobin sans taches, en raison du bien qu’il avait fait à tout le monde. Tu ne crois pas que l’on pourrait refaire cette inscription. Et Tonton Lom eut cette phrase terrible: L’oubli des vivants fait mourir les morts Oubliant qu’il était dans un cimetière il ajouta: – Tous ces gens qui écrivent n’importe quoi, que soi-disant Guezno avait acheté des chapelles à la révolution. Il faudrait préciser que ce n’était pas Mathieu le conventionnel, mais son frère Joseph qui était notaire. C’est comme à Esquibien! ils ont écrit qu’on avait arrêté les travaux sur la digue de sainte Evette au début de la guerre, alors qu’il y a eu un mort sur le chantier, par accident du travail en juillet 1941. A se demander quand la guerre avait commencé pour eux. Il vaut mieux se taire quand on ne sait pas. Au syndicat on nous donne des cours tu comprends! Allez, en route. Pas question de passer devant les casses de voitures. Retour par la rue double et pause au pont Physique que l’on connaît. Pourquoi ? Il faut toujours expliquer les choses; Vous n’avez jamais eu envie vous ? Près du pont, il y avait une voiture de l’équipement. Les gars étaient venus pour des travaux dans le bois de Lécluse. Avec leur véhicule tous terrains, ils avaient proposé de montrer le bois aux deux anciens qui avaient accepté .Le lavoir avait encore fait pleurer Tante Gaïd. Toutes les lessives qu’elle avait pu faire pour payer les études de Guiguitte. Le petit pavillon de chasse, et la vue sur le Goyen de là haut. Ma Doué, que c’était beau; et la casse de voitures d’Esquibien pas loin, puisqu’en remontant le ruisseau on arrivait à sainte Brigitte Mais il était temps de revenir à Pont-Croix, des fois qu’il y aurait du neuf de Guiguitte !! Le 7 avril 2006 Après le voyage d’hier, tout le monde avait envie de souffler un peu. Et puis, on attendait les nouvelles de Guiguitte qui arriverait sûrement, mais quand ? Tante Gaïd ne savait jamais trop où sa fille se trouvait exactement, et c’était fait exprès car, avec tout ce qu’on voyait et entendait à la télévision, toujours des morts partout, elle aurait pu s’inquiéter. Tout ce qu’on lui disait c’est que cette fois-ci, c’était l’Afrique, sans plus. Seule la directrice en savait un peu plus pour le cas où…,mais rien ne sortait du bureau, si bien que Jeanne-Yvonne faisait chou blanc pour aller raconter au recteur. La directrice savait très bien que Abidjan, ce n’était pas une panne de l’avion, mais que Guiguitte s’était arrêtée pour embrasser son mari. Et n’allez pas croire des choses compliquées, alors que c’est simple. Voilà. Guiguitte était allée un jour au Cambodge, toujours médecin sans frontières, pour essayer de s’occuper des gosses qui sautaient sur les mines, qu’il fallait amputer, consoler et leur apprendre à vivre avec leur malheur. Vous n’avez jamais vu le résultat d’une explosion de mine ? Ce n’est pas beau à voir. Donc au Cambodge, il y avait aussi des militaires venus de France pour essayer de déminer, et Guiguitte et le jeune capitaine s’étaient trouvés des points communs: une réparait les hommes, l’autre réparait la terre comme il pouvait. Et voilà. Le résultat: un mariage, et 2 gosses qui voyaient leurs parents de temps en temps, qui passaient toutes leurs vacances dans le Cap, car le père adorait ce coin-là. Son grand plaisir c’était d’aller aux  »pouces-pieds » avec ses gosses, et les gosses aimaient ce père qui leur montrait tout ce que l’on pouvait faire, en préparant bien son affaire. Pour les  »pouces-pieds », vu que tout çà a déjà été raconté par Madame Jeanne Nabert, originaire de Pont-Croix, la fille du docteur Neiss qui a écrit  »le cavalier de la mer », on n’en dira pas plus. Sachez seulement que le capitaine (devenu colonel) accrochait une corde sur le haut de la falaise, l’envoyait en bas, puis expliquait aux enfants comment il fallait faire pour descendre sans risque, et surtout pouvoir remonter avec les pouces-pieds (anatifes). Il était même un peu  »casse-… », au point que Tugdual lui disait toujours: – Tu rabâches Papa – Et le père répondait. Quand on est responsable, on doit prévoir. Ce n’est pas après, mais avant. Toujours envisager ce qui peut arriver, et prendre les dispositions pour que tout se passe bien. Dans mon métier, après ce sont des morts d’hommes, toujours pour rien; Avant ce sont des économies d’hommes et des mamans qui retrouvent leurs gosses sans avoir à pleurer. – Et Tugdual lui renvoyant la balle ! Ce n’est pas comme à Audierne par conséquent. D’abord on fait sans prévoir, et après on fait l’inventaire de tout ce qu’on aurait pu éviter, comme le mur de la honte. Une petite clause restrictive au permis et voilà. Permis accordé sous réserve de …. (on ne vous a pas dit mais Tugdual avait commencé son droit ). Nous en étions restés à la partie de pêche aux pouces-pieds qui ,nous avait un peu occupés en attendant l’arrivée de Guiguitte. Mais nous avions été privés de l’intervention de Brigitte-Edwett, suite à la théorie de son père qui expliquait toujours ce qu’il ne fallait pas faire. Ecoutons là: – Oui, et encore à Audierne. Il y a une rue Clemenceau et à l’entrée, il faut voir ça. Clemenceau n’a décidément n’a pas de chance. Si tu voyais ce qui est, paraît-il un ancien abattoir. L’autre jour la porte était ouverte et j’ai vu … Décidément Clémenceau n’a pas de chance. C’est déjà un tas de ferraille , et il lui faut les vieilles bagnoles d’Audierne en plus maintenant . Enfin,pourvu qu’on nous amène pas cette épave sur ma plage, à Pors Kanapé Là, le colonel avait toussé. Hum !! Cela signifiait qu’il était temps de s’arrêter, et à chaque fois ça marchait. Une seule fois il avait été obligé de poursuivre: – Si ça continue je vais vous foutre mon pied au … Et les enfants avaient compris que quand il avait toussé, c’était terminé. Il avait été formé à la rude, puisque son père avait été dans l’armée avant lui et que sa jeunesse avait été bercée par les histoires d’Algérie, les harkis et tout le reste. Pour autant Brigitte-Edwett voulait avoir le dernier mot. Son père la regarda droit dans les yeux et elle ne termina pas la phrase commencée. Dans cette ambiance, la vieille Tante Gaïd se sentait souvent dépassée. Lorsqu’il avait été question d’aller au foyer logement, on avait découvert que sa maigre retraite était insuffisante. Evidemment, elle avait beaucoup travaillé, mais on avait souvent oublié de la déclarer. Lorsqu’il fut question de vendre la maison pour pouvoir payer, c’est le colonel qui, sans consulter sa femme avait dit : – Il n’en est pas question Mamm! D’ailleurs tout est déjà réglé. ne vous occupez de rien. C’est mon affaire. Et vous gardez votre retraite pour faire ce que vous voulez, le Noël de ces bons à rien par exemple !! Il ne parlait pas beaucoup,mais pour une fois…on l’avait entendu La pauvre vieille se laissait diriger, elle qui avait tenu tête à plus fort qu’elle, par exemple au recteur quand il lui avait refusé l’absolution pour cause  »d’école du diable » fréquentée par Guiguitte. Sans savoir le dire, elle distinguait déjà le fond de la forme, et même l’esprit de la lettre des choses. Une intelligence inculte sans doute, mais un bon sens incontestable allié à une volonté farouche. Et Guiguitte avait poursuivi à  »l’école du diable ». Ce qu’elle aimait plus que tout c’est quand Tugdual venait près d’elle, lui prenait la main, serrait cette main toute ridée dans sa main de jeune en pleine santé, et lui disait; – Mamy, raconte moi, quand on était pauvre Et elle se laissait aller à raconter Brigitte était plus  »follasse ». Enervée par tout ! Et le vocabulaire je te dis pas. Sans compter les tenues ! les folies bergères dans le Cap ! Un perle dans le nez, une espèce de bigoudi dans le nombril toujours visible vu la longueur du pull-over, et des mèches rouges dans les cheveux. Elle adorait son frère avec lequel elle cohabitait dans l’appartement parisien, à Clamart, en l’absence des parents. Un jour elle avait demandé à son frère: – Tugdu, tu m’emmènerais pas avec ta tire acheter des clopes au Bar-Avel ( moulin de Kerharo à Cleden); je suis à sec et je te paierai un coca avec le reste de ce que tu m’avanceras pour les clopes Et son frère lui avait répondu: – Si tu crois que tu vas réussir à Sciences-Po comme ça, tu te goures! Et elle toujours le dernier mot – plus c..que moi a déjà réussi et….. Et ils étaient partis ensemble Mais avec sa grand-mère, prévenante, affectueuse, toujours la première pour ramasser la canne tombée par terre ou apporter un coussin supplémentaire. Une vraie gamine!! Tante Gaïd revivait tout cela, en tâtant son chapelet qui ne la quittait pas, au fond de sa poche pour ne pas contrarier tonton Lom. Personne n’avait entendu le téléphone, absorbés comme ils étaient. C’était Guiguitte, arrivée à Pluguffan, qui prenait un taxi et annonçait son arrivée; Le 8 avril 2006 Effectivement, Guiguitte était arrivée comme prévu. Après avoir embrassé Tante Gaïd, elle se tourna vers tonton Lom et lui dit: – Bonjour Monsieur Le pauvre vieux ne savait plus quoi faire et heureusement Guiguitte demanda à tante Gaïd si elle pouvait monter dans sa chambre, pour un brin de toilette. – Bien sûr dit tante Gaïd, montons. La toilette était un faux prétexte, vu qu’elle était fraîche comme le printemps. Ce qu’elle voulait c’était une conversation avec sa mère. Et tante Gaïd raconta que de temps en temps, le cafard parce que les enfants étaient loin, et que finalement même à son âge ils ne feraient de mal à personne, que tonton Lom, bien que un peu bolchevick était un brave homme qui avait connu le malheur, la guerre aussi, qu’il était seul et que sais-je encore… – en fait dit Guiguitte, ce que tu me demandes c’est de le prendre comme le père que je n’ai jamais eu ? – Si, tu as eu un père, mais il n’est pas revenu d’Indochine, disparu quelque part au Tonkin, peut-être à Dien Bien Phù – Donc j’ai tout de même eu un père qui est mort par la guerre, en Extrême Orient ce que je ne savais pas. Et tu me demandes de prendre tonton Lom à sa place – Si tu ne veux pas, je lui dirai que j’ai changé d’idée, et j’espère que nous resterons amis. – Descendons !! En bas, en entendant l’ascenseur, tout le monde s’était arrêté de parler. Plus un bruit. Et Guiguitte en s’avançant vers le vieillard lui dit très simplement: – Bonjour Papa Ma Doué ! Et tout le monde s’embrassait là dedans, le plus ému étant tonton Lom qui bégayait, en breton, en français: – Ma Merc’h, ma fille, ma Merc’h vihen (petite fille) ****** Jeanne-Yvonne gardait son sang froid, et commençait à faire des réunions en disant que  » c’était pas tout, mais qu’elle avait des responsabilités pour préparer la noce. ****** A force de faire des réunions, on s’était vite aperçu que, sans aide extérieure on n’y arriverait pas. Les choses avaient fini par s’ébruiter, vu le côté inhabituel de l’évènement, qui devenait l’évènement du Cap, et même au-delà. Les autorités avaient été alertées. La communauté de communes décida donc de faire une réunion au foyer logement pour évaluer la situation. Toutes les municipalités, et le recteur de Pont-Croix, convoqués par courrier spécial, s’étaient retrouvés dans la salle à manger du foyer logement et on commença l’inventaire des problèmes à résoudre. Côté finances, si nécessaire la communauté était prête à donner une subvention pour participer à certains frais, étant donné la portée de l’évènement. Audierne fit obstruction, arguant que tout cela concernait Pont-Croix, et pas la communauté. Ma Doué ! T’aurais vu comment il s’était fait shooter par Jeanne-Yvonne: – Forcément, toujours pas de sous à Audierne, avec toutes les bagnoles que vous avez à entretenir Vexé, le responsable avait quitté la salle en disant qu’il ne reviendrait pas. Tous les petits vieux avaient applaudi et on avait même entendu: Bon voyage Le président avait dû calmer le jeu en disant: – L’incident est clos. On continue Pour la cérémonie à la mairie, c’était simple. Une formalité comme d’habitude. Les choses allaient se compliquer avec le recteur, vu que tonton Lom n’était pas en mesure de fournir les papiers de son baptême. Jeanne-Yvonne reprit la parole: – Moi, j’ai connu une dame qui m’a dit qu’elle avait assisté à la confirmation à Meilars, quelle année au juste elle ne savait plus, et que vu que il n’y avait plus de paroisse à Meilars, on aurait du mal à trouver des témoins. Il n’y avait qu’à demander à tonton Lom et l’affaire serait classée. Tonton Lom, le bolchevick dut avouer que , les gens chez lesquels il gardait les vaches avant la marine, étaient de ce côté là et qu’il avait fait comme les autres; L’honneur était sauf. il ne restait plus au recteur qu’à s’incliner, vu l’impopularité qu’il aurait eu à s’opposer au mariage. La cérémonie religieuse ne posait pas de problèmes d’organisation. Un mariage est un mariage. mais les discussions avaient repris pour savoir qui on devait inviter puisque l’évènement n’était pas courant et qu’il faudrait bien recevoir les grands responsables. Là, Plouhinec avait fait remarquer qu’ils étaient la plus grande commune du Cap, et qu’à ce titre ils avaient des droits préférentiels. Goulien avait répondu que Tante Gaïd était de Goulien ce qui lui donnait aussi des droits prioritaires. Et çà avait commencé à s’énerver, car chaque commune estimait qu’elle devait passer avant l’autre. C’est là que Guiguitte prit la parole. Ecoutez !! – Bonjour Messieurs. Si je comprends bien, vous êtes en train d’accaparer un évènement qui est tout d’abord familial. Ceci est une première remarque. Là tout le monde était resté couac, en se rendant compte que la fille de l’employée de ferme avait l’habitude de s’exprimer en public, et qu’il ne ferait pas bon d’essayer de lui tenir tête. – Je constate que vous êtes en train de vous battre pour des choses qui n’en valent pas la peine. Si vous saviez d’où je viens, si vous aviez vu ce que j’ai vu, des gosses vendus comme esclaves par exemple, vous vous rendriez compte que vous êtes à côté de vos pompes. (Un peu le même langage que sa fille). Vos clochers c’est complètement dépassé. Vous gémissez sans arrêt, et tout le monde s’en rend compte, si bien qu’il est facile de tout vous promettre au bon moment, avant les élections par exemple, et de s’empresser d’oublier ensuite. Vous croyez que vous vous en sortirez avec un demi port à Audierne et l’autre demi port à Plouhinec, de même qu’une demi plage à Audierne et l’autre demi plage à Esquibien (là, il aurait été facile de mettre une épave de bagnole mais ne troublons pas le discours). En clair, on peut prendre son bain à Audierne et se noyer à Esquibien si on longe la plage. Cleden et Goulien ce n’est pas mieux, à Plogoff la plage de la Baie des Trépassés se partage avec Cleden et ailleurs, comme au Loch c’est pareil. Les Antillais sont plus malins que vous. Ils savent qu’ils sont incontournables au moment des élections et voyez le résultat. Ce qu’il vous faut c’est l’union. Mettez vos rivalités de côté et c’est ensemble que vous obtiendrez quelque chose. Sinon je vous préviens , je ne permettrai pas que l’évènement familial qui vous a réunis soit médiatisé. Ce sera l’intimité et sans vous ! Faites en part autour de vous ainsi qu’à celui qui a quitté la salle, un suppléant je crois !! Un grand silence avait suivi cette intervention, bientôt interrompu par un tonnerre d’applaudissements. Tout le monde était debout pour embrasser Guiguitte, et le Président reprit la parole: – Vous avez raison Madame. Votre message est bien reçu. Vous pouvez compter sur nous Et Tonton Lom,( serrant la main de tante Gaïd) d’ajouter: – Tu as vu notre fille ? C’est l’avenir ça Le 9 avril 2006 Puisque tout le monde semblait sur la même longueur d’onde, il ne restait plus qu’à demander à chacun de proposer au président une liste d’invités qui serait soumise à la famille. Mais l’essentiel restait à résoudre: ce que l’on appelle pompeusement la logistique, c’est à dire ce qui suit la partie officielle, ce que Brigitte-Edwett aurait appelé  »un coup à boire et une petite bouffe ». Jeanne-Yvonne s’était proposée pour choisir le menu. Elle avait dans ses archives des souvenirs des meilleurs hôtels, ce qui lui permettrait de faire des suggestions. Considérant que là n’était pas l’essentiel, le président demanda si quelqu’un avait une idée sur la manière de trouver le personnel nécessaire. Beuzec, toujours inspiré comme d’habitude, demanda la parole: – Et si on demandait la participation des comités d’animation ? L’idée fut retenue à l’unanimité des présents et cela n’avait pas d’importance pour les absents comme Audierne, vu que le comité audiernais n’était pas du même bord que la direction locale ce qui obligatoirement l’amènerait à participer, ne serait-ce que pour…. La demande d’adhésion lancée par téléphone était honorée dans le premier quart d’heure: Beuzec proposait les tracteurs agricoles et le matériel de la fête des bruyères; Audierne avait simplement répondu présent; Plouhinec disait que tous les supporters de l’ASP (Association sportive plouhinécoise) seraient là; Confort faisait valoir son expérience de la fête des 4 clochers et passons car, pour une fois tout le monde était d’accord. Il ne restait plus qu’à faire un plan de la fête qui se déroulerait sur les berges du Goyen, à affecter un emplacement à chacun, sans oublier l’essentiel: La publication des bans Ici, on ne va plus mettre de dates, étant donné qu’un certain délai est à respecter entre la publication des bans et la cérémonie? Sachez seulement que tout s’accélérait, que l’on commençait à installer des tentes le long du Goyen, que tous les comités d’animation du Cap étaient là, que la SNSM avait promis d’étudier la marée pour voir s’il y aurait suffisamment d’eau pour que les bateaux puissent remonter la rivière, bref que Pont-Croix connaissait une animation exceptionnelle et même des difficultés de circulation. Tugdual était en vacances pour réviser avant les examens, et il proposa à ceux qu’il considérait désormais comme ses grands-parents de faire un petit tour dans le Cap. Ils étaient donc partis en direction des Quatre-Vents, pour tourner à droite assez rapidement et s’arrêter à Lannourec devant le calvaire Tugdual qui avait commencé à étudier l’histoire locale, avec peut-être une arrière pensée que … Il partait du principe que pour comprendre le présent, il fallait connaître et même bien connaître le passé. C’est la raison pour laquelle il aimait faire parler sa grand-mère, et là, comme disait Brigitte -Edwett –  »y en des qui feraient bien de prendre de la graine, au lieu de pérorer dans leur bunker bourge (bourgeois) d’où ils ne voyaient rien » Bon passons! Il s’était mis à expliquer que la pierre verticale que l’on voyait près du calvaire n’était pas un menhir, mais une stèle de flagellation. Autrefois, les seigneurs faisaient lier leur  »domaniers  » à cette stèle quand ils n’avaient pas acquitté leurs redevances. Puis, ils les faisaient fouetter pour leur apprendre le bon chemin  »si l’on peut dire ». (Sur la première photo, on peut remarquer un chien qui est vu de dos mais qui a une tête connue). Tante Gaïd, une main dans la poche sur le chapelet, se disait qu’il y avait eu encore plus de misère que ce qu’elle avait connu. Puis, on avait continué en direction de Cleden et justement sur la route il y avait un manoir. On ne s’y était pas arrêté vu que c’était privé; juste un coup d’oeil: Question environnement, je te dis pas !! Quand tu penses aux bagnoles d’Audierne et d’Esquibien….N’en parlons pas tellement c’est honteux !! En passant devant le village de Kerbeulec, Tante Gaïd avait fermé les yeux. Aujourd’hui tout était triste, même un peu mort, comme quelqu’un qu’elle avait connu autrefois et qui avait travaillé là. On ne pouvait pas s’arrêter partout, tellement il y avait de choses à voir. Tugdual avait accélèré en disant qu’on allait à la pointe du Van parce que Saint They, qui était le frère de Saint Tremeur … Bon, pour les explications, allez voir le site de cap-sizun.com et en cherchant un peu vous trouverez tout, même la légende de Conomor, le  »Barbe-Bleue » breton, et bien d’autres choses encore le petit port du Vorlen et descente vers la Baie des Trépassés: Bae an Anaon Là, Tante Gaïd avait demandé à Tugdual de s’arrêter parce qu’elle voulait dire quelque chose: – Tu vois cet hôtel (en regardant l’hôtel le plus au nord). Et bien, j’ai aussi fait une saison ici. A l’époque c’était plus petit et il n’y avait ni eau ni électricité, et malgré cela tout était retenu en permanence. Pour la toilette: un broc et une cuvette, avec un seau pour les commissions. Nous, on allait avec la brouette chercher l’eau à Kerludu, le village près du Vorlen, et tout le monde était content. La patronne s’appelait Ti Marjan et son mari Tonton Lan (Marie-Jeanne et Alain). Après le repas, les touristes venaient à la cuisine aider à faire la vaisselle et tout le reste. L’hôtel s’appelait : hôtel de la ville d’Ys. Il y avait un gros chien, gentil comme tout qu’on appelait  »Skoulm » (noeud); Un terre-neuve je crois. Et en plus, la pêche avec le bateau… Les paysans aussi qui amenaient leurs vaches sur la dune et quand ils étaient partis on ramassait les bouses que l’on faisait sécher au soleil. Bien sèches, elles servaient à allumer le feu que l’on entretenait ensuite avec de la tourbe, des herbes très serrées, découpées en motte dans l’étang de Laoual, juste à côté – Tu me diras plus tard avait dit Tugdual car l’heure tourne En route pour la pointe du Raz Là tante Gaïd avait demandé à voir la statue de Notre Dame des Naufragés Tonton Lom ne s’insurgeait plus pour les chapelets. Il en avait pris son parti; Il avait fallu envisager le retour, par la plage d’Audierne bien sûr. On ne s’était pas arrêté au Loch ni à Bon Voyage mais ceux qui voudraient des images n’ont qu’à aller sur le forum du Cap et demander Nono. C’est déjà plein d’images mais il y en a sûrement d’autres. En passant devant les Capucins, comme la porte était ouverte, ils avaient demandé à visiter, juste un coup d’oeil: Ils avaient bénéficié d’une vue assez rare sur l’entrée d’Audierne, malgré le contre-jour dû au soleil qui était en face. Là quelqu’un leur avait dit que autrefois, il n’y a pas si longtemps, il y avait un cadran solaire datant de l’époque des moines et qu’on l’avait volé. Il était juste près de la croix, et voilà, comme la statue de sainte Evette! Disparu !! Encore un coup d’oeil sur les  »pas très belles choses », car Tugdual ne prit pas directement la route de Pont-Croix. Il avait son idée en s’écartant de la route directe et voilà: Encore un chef-d’oeuvre audiernais, ancienne clinique paraît-il. C’est par là qu’il fallait passer pour aller rendre visite à Esquibien, déjà connu pour ce que Brigitte-Edwettt appelait l’annexe de la salle polyvalente C’était quand même triste de constater que partout dans le Cap l’environnement était une priorité, et qu’il fallait venir ici pour constater ce que vous voyez Il fallait bien reprendre la route de Pont-Croix, où les affaires marchaient bon train sur la rive du Goyen. Les tentes se mettaient en place, les tracteurs faisaient la navette, la sono essayait les micros, bref tout serait sûrement prêt pour l’heure H, car , on n’avait pas eu le temps de vous dire, mais le colonel venant d’Abidjan était arrivé et on lui avait demandé de mettre en place une salle OPS (la salle des opérations) dans les locaux municipaux de l’ancien petit séminaire. Il avait monté ça en trois coups de cuiller à pot, bien que d’habitude c’était le travail de ses adjoints, mais il avait gardé la main. Comme il disait: – Avant de commander aux autres, il faut savoir faire soi-même ce que l’on demande, sinon…. Des tableaux aux murs partout, des plans, la liste de tous les numéros de téléphone, et une bonne dizaine de portables autour de lui pour envoyer des tracteurs ici, fournir des chaises ailleurs…etc. Au foyer logement ça bardait aussi pour que tout soit prêt, et un jour le téléphone avait sonné. C’était le recteur de Pont-Croix qui faisait savoir que l’on pouvait déterminer la date, ce qui fut fait après vérification à la salle OPS pour voir si tout était prêt. Pas de problèmes !! Mais on n’avait pas contrôlé la liste des invités d’honneur qui viendraient manger avec les mariés après la cérémonie. Là, les choses ne s’étaient pas passées toutes seules. C’est Jeanne-Yvonne , toujours bonne langue, qui avait dit: – Puisque le suppléant nous a quitté sans nous aider, il n’y a pas de raison de l’inviter. Et si on n’invite pas le suppléant, même chose pour le titulaire. Là, une vieille dame d’Audierne, restée discrète jusqu’à présent avait demandé la parole: – Il faut envoyer des invitations écrites. C’est comme ça que les choses se passent à Audierne, pour la cérémonie des voeux du nouvel an. On offre à boire avec l’argent de tous, mais pour boire un coup, si t’as pas un papier d’invitation, Bléo !! (cheveu ! on a déjà vu). Là encore, il y avait eu des applaudissements. Après, la liste des invités s’était faite toute seule. A la salle OPS il y avait un ordinateur et une imprimante, et voilà, tout était prêt, on pouvait y aller. Ce serait dans deux jours !! ****** Et le jour J était arrivé. Dès 5 heures du matin, tout le monde était debout au foyer, tout le personnel présent, alors que c’était seulement prévu pour 11 heures. Et ça y allait: le coiffeur pour les hommes, la coiffeuse pour les dames, le fer à repasser en batterie un peu partout car la station blanchisserie du foyer n’arrivait pas à étaler. Petit à petit, on avait vu les gens descendre de leurs chambres, habillés comme il faut, avec des robes longues et tout. Là où tout le monde était resté  »sur sa bouche ouverte », c’est quand Jeanne-Yvonne était arrivée: une longue robe verte sur elle, des talons hauts, un chapeau genre coiffe  »Capenn » et une broche comme personne n’avait jamais vu. T’aurais vu çà: un truc grand comme un plat de la faïencerie Henriot avec dessus trois lettres: BZH, plus le sac à mains aux couleurs de l’Hermine. Et des applaudissements bien sûr !! La famille aussi venait d’arriver: Tugdual smart avec un noeud  »pap », Brigitte-Edwett robe longue aussi qu’on voyait même plus son bigoudi, Guiguitte  »sans frais » parce que c’était pas son genre de faire de la toilette, et le colonel en tenue  » Marpli’j » (s’il vous plaît), que tout le monde regardait car c’était rare de voir çà à Pont-Croix. Et voilà. Après un dernier coup de jus offert par la maison, en route pour la collégiale . Le recteur à l’entrée  »eveljust » (évidemment), et tout le cortège derrière pendant que les orgues jouaient plein pot un morceau que Jeanne-Yvonne avait reconnu tout de suite qu’elle disait: La marche nuptiale de Wagner. Dehors c’était silence, pas de spectateurs ni rien comme si ça n’avait intéressé personne. Bon, c’est le recteur qui avait commencé: – que c’était un évènement, qu’on voyait pas çà tous les jours et qu’il fallait reconnaître…. Il n’avait pas dit remercier vu qu’il y avait des bolchevicks dans l’assistance et que c’était pas le jour à chercher des histoires. Mais il avait fait comme il faut, un beau discours que Guiguitte avait la larme à l’oeil et tout ! Enfin l’instant tant attendu: – Madame tante Gaïd Logoden, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Tonton Lom Dribiyoud ici présent – Une toute petite voix avait répondu voui !! – Monsieur Tonton Lom Dribiyoud, voulez-vous prendre … On n’avait même pas pu aller plus loin puisque on avait eu la réponse avant la fin!: – Ah gast oui alors ! On n’avait jamais entendu une chose pareille dans les lieux, si bien que le recteur avait eu un geste de recul……. Là tout le monde avait un peu commencé à perdre les pédales et s’il n’y avait pas eu Jeanne-Yvonne on ne sait pas trop comment les choses auraient pu finir. Avec sa petite voix de femme du Cap, elle avait commencé à chanter: Da feiz hon tadou kozh, ni Paotred Breiz-Izel Ni Zalho mad atao…….. Kentoh ni a varvo A la foi de nos vieux pères, nous gars de Bretagne Nous tiendrons bon toujours….. Plutôt nous mourrons Et là, je te dis pas ! Tout le monde debout, en train de s’embrasser si bien qu’on avait pu considérer que le mariage était fait et qu’il ne restait plus qu’à signer le registre. La collégiale de Pont-Croix n’avait jamais entendu une telle puissance de chant, et pourtant ils chantent là-bas. Mais, on ne va pas s’étendre là-dessus bien qu’il y aurait encore à dire. Le cortège se dirigea vers la sortie , et là surprise ! La place noire de monde, une espèce d’estrade au milieu, sur laquelle un chef battait la mesure pour interpréter le  »Bro-Goz ma zadou », la vieille terre de mes pères: Ni Breiziz a galon kanomp hon gwir Vro… O, Breiz, ma bro, me gar ma bro… Nous, bretons de coeur aimons notre vrai pays…. O Bretagne, mon pays , j’aime mon pays…. Il était difficile d’évaluer le nombre de chanteurs, car il en était venu de partout, certainement à cause du téléphone breton à l’image du téléphone arabe. On avait tiré au sort pour savoir qui allait diriger cet ensemble, et le sort avait désigné un spécialiste, le chef du Choeur d’hommes de Bretagne: Mouez Paotred Breiz. Les chefs se succédaient sur l’estrade: l’ensemble choral du bout du monde, ceux de Carantec, de Lorient, l’orchestre et Choeur de Brocéliande qui avait interprété un morceau de la sublime cantate pour la paix de Job an Irien ( celui qui a écrit le cantique de saint Raymond à Audierne et que plus personne ne chante jamais) et René Abjean. Il y avait aussi des ensembles locaux: Goulien et Avel dro, Cleden et les accordéons accompagnant les voix du Van, Douarnenez avec Mouez Port Rhu et Morgan, La chorale du Porzay, les Vareuses a Dreuz etc … On ne peut pas citer tout le monde car ce serait trop long. Et puis tout à coup, un grand silence, et une voix comme je te dis pas. Ecoute: Ur Werzenn nevez zo savet Treitour! a! Malloz dit’ta! War markiz Pontkaleg eo graet….. Une complainte nouvelle est composée Traître (qui l’a livré), malheur à toi Sur la mort de Pontkalleg elle est faite… C’était Gilles Servat qui avait fait le déplacement et qui chantait la mort du marquis de Pontkalleg. Cet évènement s’était déroulé en 1720,sous la régence. Les 65 couplets de la gwerz entière sont dans le Barzaz breiz de Louis Hersart de la Villemarqué . Puis on avait entendu tous les chantres de la Bretagne car, on l’a déjà dit, l’évènement n’était plus capiste mais breton. Il y avait Dan Ar Braz, Denez Prigent, Maxime Piolot et bien d’autres. Et là, tu me croiras pas peut-être , mais c’est le bagad de Beuzec qui avait fait son entrée sous les applaudissements et derrière, pour une fois ils avaient demandé d’être deuxième seulement, le bagad de Lann-Bihoué. Ma Doué, t’aurais vu ça. Même des Portugais, de passage sans doute, des danseurs comme c’est pas croyable. La fête des bruyères en plus grand. Même pas moyen de faire des photos tellement il y avait de monde. Heureusement, il y a les archives. Regarde ! Bon ! On arrêtera là, sauf pour dire encore une chose. Il y avait même une délégation des Bretons de Clamart, parce que Guiguitte avait son appartement là-bas comme on a vu et que, évidemment, toute la famille faisait partie de l’association. On n’avait jamais vu tant de monde pour un mariage mais quel mariage !! Quand les choses s’étaient un peu calmées, on avait vu le colonel s’avancer un peu vers les sonneurs, et tout le monde pensait qu’il allait faire un discours. Pas du tout. Il avait pris son portable, avait tapé un peu dessus et on avait entendu:5,4,3,2,1 Top! , comme pour un départ de fusée Ariane. Il avait sûrement appelé la salle des opérations où tout était prévu, et les cloches de la collégiale s’étaient mises en branle pour un carillon comme c’est pas possible. Et là, le bruit avait couru que c’était comme ça dans tout le Cap. Toutes les cloches des églises et des chapelles sonnaient en même temps , depuis Sant They ar Van (Saint They du Van), jusqu’à Saint Magloire de Mahalon, en passant par Notre Dame de Confort où la roue à carillons s’était mise en route toute seule. Il paraît même que les cargos qui traversaient le Raz de Sein donnaient de grands coups de sirène pour saluer l’évènement. Nos deux petits vieux ne disaient rien. Tout se passait par les mains: deux mains marquées par une vie de travail manuel dans les fermes, au lavoir ou dans les hôtels pour Tante Gaïd, par le marteau, le burin et les éclats de pierres pour Tonton Lom. Mais comme il fallait bien poursuivre la fête, les hauts-parleurs avaient fait savoir que le public pouvait se diriger vers les rives du Goyen où il trouverait des crêpes et de quoi manger, tout en regardant et en écoutant le spectacle. Quant à la famille, aux invités d’honneur, sans suppléant ni titulaire, ils devaient accompagner les nouveaux mariés au foyer logement. Tout était fin prêt. C’est Jeanne-Yvonne qui avait arrêté le menu qui n’était pas celui que l’on recommande pour le cholestérol: Apéritif – Jambon Macédoine- Bouchées à la reine , langouste mayonnaise ou au choix coquilles saint-Jacques- rôti de veau et frites- fromages variés – et dessert: glace. Muscadet- Vin rouge d’Anjou, cidre à volonté et même de l’eau pour les chanteurs La glace n’était pas ce que l’on trouve aujourd’hui tout prêt, conservé au congélateur avec toutes sortes de parfums, non, non !! La bombe glacée comme autrefois, que l’on était allé chercher au dernier moment à Kerrest en Mahalon, emballée dans des torchons avec des glaçons autour. Les glaçons venaient sans doute de la glacière des marins pêcheurs à Poulgoazec. Avant elle était à Audierne, et aujourd’hui on pourrait encore faire une photo pour vous montrer ce qu’il en reste. Et c’est pas trop beau, même dangereux si quelque chose tombe sur la route de la Pointe du Raz.. Les vieux disaient que autrefois, dans cette glacière, on brassait des pains de glace de 25 kilos dans la chambre froide, à moins 12 degrés, sans protection aucune. Et même des gamins qu’on embauchait pendant les vacances scolaires pour broyer la glace à livrer aux marins pêcheurs: des pains de 25 kilos à faire basculer dans un broyeur électrique sans rambarde de sécurité ni rien. Tu te rends compte! Un gamin tombant dans le broyeur avec le pain de glace Mais, on ne va pas mettre la photo de la glacière en plein mariage . Après tout ça, il y avait le café bien sûr, et un petit coup de  »fort » ou de  »doux » pour bien digérer. Et le repas avait duré jusqu’à 5 heures. Les anciens avaient mangé tranquillement, sans excès, comme pour un repas de Noël, mais quelques invités n’avaient pas donné leur part au chat . Pendant le repas, tout le monde avait poussé la chansonnette, un peu en français et surtout en breton. Jeanne-Yvonne avait fait pleurer avec: Kousk Breiz izel Dors Bretagne Alors que ce n’était pas encore l’heure d’aller au lit. Les groupes de chanteurs avaient délégué leurs solistes et même quelques choristes pour honorer les anciens. On avait entendu: En tu-all ar mor (de l’autre côté de la mer), Noz vat dousig (bonne nuit ma douce), et surtout: Bale Roue Arzhur (la marche du roi Arthur), O Keltia (O Celtie ) par Mouez Paotred Breiz, et enfin le Kénavo que tout le monde connaissait qui avait clôturé le repas. Ensuite, on s’était levé pour aller faire un tour au bord du Goyen pour voir la fête. Guiguitte n’avait pas voulu de discours, disant que tout avait été dit à la collégiale par le recteur qui était présent évidemment, assis près d’un bolchevick. A eux deux ils rebâtissaient le monde, et chose curieuse, ils semblaient d’accord sur l’essentiel. Va comprendre !! On s’était donc rendu près du Goyen, où la fête battait son plein. Tout le monde voulait prendre une photo de nos deux anciens, mais il faut bien comprendre qu’elles ne seront pas diffusées par respect de l’intimité familiale. A la tombée de la nuit le bruit avait couru qu’il y aurait un feu d’artifice. Ils étaient restés jusque là, puis, la fatigue aidant, ils avaient demandé à rentrer. On les avait accompagnés jusqu’à leur chambre, qui était la chambre de tante Gaïd, un peu aménagée par l’apport du lit de Tonton Lom. Les deux lits étaient côte à côte, n’en déplaise à certains esprits tordus qui iraient imaginer des choses. Allons donc, à leur âge, l’affection dans le regard et tout l’amour du monde transmis par les mains l’une dans l’autre leur suffisait. Et ils s’endormirent tranquillement, la main dans la main, après que Guiguitte eut vérifié que tout était en ordre. Le lendemain matin ils s’étaient réveillés, tout étonnés de se trouver ensemble. Ils avaient passé la nuit, la main dans la main sans trop s’en rendre compte. Et désormais leur vie allait se dérouler ainsi. Le colonel avait rejoint Abidjan, Guiguitte le Bénin, dans le même avion jusqu’à Dakar, et les enfants à la FAC de Paris. La vie allait suivre son cours, tranquillement, dans la sérénité du foyer logement. Dans la semaine, nos deux anciens ne sortaient pas trop loin, généralement autour de la fontaine de ND de Roscudon. On aurait aimé vous montrer de belles images de cette fontaine que nous devons à nos amis de Pont-Croix. Il s’agit de la fontaine avant restauration. On peut y voir les ex-voto tapissant le fond de l’ouvrage qui par ailleurs a une histoire. Passons. En fait, ce sont plutôt les images qui ne passent pas . Tonton Lom savait très bien qu’il serait confronté à un petit coup de chapelet, ce qu’il acceptait sans commentaires car il se demandait pourquoi il avait droit à tant de bonheur à la fin de sa vie. Tante Gaïd se posait la même question, mais sa conclusion était différente. Elle se demandait si Tonton Lom n’avait pas raison quand il y avait des élections, de s’exprimer comme il le faisait. Finalement, cela ressemblait un peu à la conversation que le recteur avait eu à table au cours du repas de noce avec son voisin du bord opposé. Le dimanche, nos deux anciens étaient régulièrement invités dans des familles, tellement nombreuses qu’il fallait s’inscrire pour garder son tour. On venait les chercher en voiture, et c’est ainsi qu’ils poursuivirent leur visite du Cap, la plus belle région du monde comme chacun le sait. Ils visitèrent donc: Saint Tremeur et après Saint Tugdual à Cleden les chapelles de Primelin Saint Théodore et Saint Chrysante sans oublier la superbe église d’Audierne Saint Raymond Un peu chaque dimanche, après un bon repas, en compagnie de braves gens, c’était facile. On ne va pas mettre toutes les chapelles, toutes les fontaines, tous les calvaires, toutes les grèves, les plages, les ports, les pointes,etc…Il suffit d’aller les voir et vous verrez comme c’est beau !! ( à condition d’éviter certains endroits complètement indignes de ce récit. Imaginez certaines images ici !!). Et c’est ainsi que leur vie toute simple se déroula désormais. Les enfants venaient pour les vacances apportant tout ce que nos deux petits vieux pouvaient en attendre. Le colonel était rentré à Paris, affecté à l’état-major, en attente des étoiles de général, et Guiguitte exerçait désormais ses fonctions dans un cabinet ministériel, espérant repartir un jour. Les enfants avançaient dans les études, même Brigitte-Edwett qui semblait s’assagir dans ses tenues. Tout allait pour le mieux, et puis, un jour…. Quelques années plus tard Ils n’étaient pas descendu pour le petit-déjeuner. Au début, personne ne s’était inquiété. Puis, on avait averti la directrice, qui était montée en compagnie d’un membre du personnel. Les portes ne sont pas fermées dans un foyer logement, pour des raisons de sécurité très compréhensibles. Il avait suffi de tourner la poignée, et on avait vu: Deux visages sereins, reposés, tournés l’un vers l’autre, la main gauche de Tonton Lom serrant la main droite de Tante Gaïd. Ils s’étaient aimés jusqu’au bout, et le Bon Dieu ou la Providence ou le hasard, ou la chance… Chacun choisira la version correspondant à ses convictions, pour dire qu’ils étaient partis ensemble. Il avait bien entendu fallu prévenir la famille, et tout le monde était arrivé dare dare. Il y a des problèmes à résoudre dans des cas comme celui- là. C’est pareil pour tout le monde. Tout a une fin. Mais ce que l’on n’avait pas prévu, c’est que la nouvelle s’était ébruitée très rapidement, en raison de la notoriété acquise par nos deux anciens. Tous les responsables locaux ( sauf un, vous savez lequel) avaient dit qu’il fallait marquer le coup et même aller un peu plus loin. Le problème de la dernière demeure avait dû être étudié, car il n’y avait aucune raison d’aller à Meilars où Tonton Lom n’avait que des souvenirs, et pas plus à Goulien où le cimetière avait été transféré à son nouvel emplacement. Les moyens financiers de tante Gaïd étaient, à l’époque, réservés à d’autres priorités, si bien qu’il n’y avait plus de trace des ancêtres. Toutes les communes demandaient à recevoir sur leur territoire les deux héros locaux, ce qui dérangeait un peu la famille qui aurait préféré la discrétion. Chacun avançait ses arguments: Plouhinec disait qu’ils avaient déjà un évêque grec Monseigneur Cyrille Iustiani, autrefois victime d’un naufrage, Pont-Croix se prévalait de sa position de chef-lieu de canton etc…. le colonel avait demandé à sa femme s’il pouvait donner son avis. Ecoutons le: – Mesdames et Messieurs: si je comprends bien, tout le monde voudrait honorer les gens modestes qui sont aujourd’hui mes parents. Nous sommes très touchés, et nous ne voulons décevoir personne . Nous savons que dans certaines communes, Plouhinec ou Primelin par exemple, il y a plusieurs églises ou chapelles importantes. Je vous propose un tirage au sort à partir de la liste de tous ces édifices importants, et le sort décidera. Nous accepterons son verdict. Tout le monde avait approuvé et on était passé à l’acte. C’est ainsi que Saint Julien de Plouhinec figurait dans le chapeau de même que Saint Tugen qui, bien que n’étant pas église paroissiale, était classée monument historique que tout le monde connaissait par son appellation: la cathédrale du Cap. C’est Tugdual qui fut chargé de choisir, et devine ce qui sortit du chapeau: Saint Tugen La cathédrale du Cap méritait bien son nom. Même pas un petit reproche à faire pour l’environnement.( A croire que certains privilèges étaient réservés à Audierne et Esquibien). Tout le monde sait que l’on n’a plus le droit de créer de nouveaux emplacements autour des chapelles. Saint Tugen a conservé des droits ancestraux pour ce qui existe, et justement une place était abandonnée, parce que cela arrive et que c’est comme ça. Passe-droit ou pas, tout le monde avait été d’accord pour dire qu’ils reposeraient près du calvaire ****** La période d’attente avait été organisée au foyer logement. Tout le monde venait faire un adieu, chacun à sa façon. Les fleurs étaient réservées à la famille. On n’avait jamais vu un tel défilé. Et puis, une voiture officielle était arrivée dans la cour. Un monsieur que l’on ne connaissait pas avait demandé à être reçu. Il n’y avait aucune raison de refuser et c’est Guiguitte qui s’en chargea. Le Monsieur lui demanda si elle faisait partie des proches. Ecoutez: – Oui, il s’agit de mon père. J’ai fait ajouter son nom à mon nom de jeune fille si c’est ce que vous voulez savoir. – Madame, je suis ici en mission. A la demande quelqu’un qui ne souhaite pas dire son nom, nous avons fait des recherches dans les archives de la marine nationale. Ce ne fut pas facile, mais nous avons trouvé, et je suis en mesure de vous dire que les états de services de Monsieur votre père, ont fait ressortir qu’il avait sauvé plusieurs personnes lors du drame de Mers el Kébir, ce dont vous avez certainement eu connaissance. En conséquence il a été décidé, au plus haut niveau, de le décorer de la légion d’honneur Tout le monde, même le colonel était interloqué. Guiguitte avait regardé son mari et ils s’étaient compris sans parler: – Non Monsieur. Mon père ne parlait jamais de Mers el Kébir. Il y a quelqu’un derrière cette affaire qui arrive par hasard. Quelqu’un qui ne dit pas son nom pour pouvoir en faire état plus tard. C’est non, sans appel. Il y a déjà des légions d’honneur dans la famille, celle de mon mari qui la porte sur son uniforme. Elle vient de Sarajevo. La mienne que je ne porte pas. Elle vient d’Indonésie, lors du tsunami. Si on avait voulu faire quelque chose pour mon père, il aurait fallu lui faire la proposition quand il était vivant. Aujourd’hui, en son nom, je refuse. – Très bien Madame. Je transmettrai. Avec mes condoléances, je vous prie de bien vouloir agréer mes hommages. – Merci Monsieur et au revoir Le colonel était venu embrasser Guiguitte. Sans parler, ils s’étaient compris. Et c’est ainsi que se termina l’histoire de deux petits modestes parmi les modestes. Ils reposeraient désormais, dans la terre du Cap, près de la cathédrale qui avait autrefois connu les grands pardons plusieurs fois par an…. Nous en étions restés à Saint-Tugen où nos anciens reposeraient donc désormais. C’est un endroit magique, que personne ne peut ignorer. Autrefois, on l’a déjà dit, on y célébrait des pardons très fréquentés. On y venait de partout, et pour l’anecdote, sachez plusieurs choses: – que cette chapelle fut estimée à la révolution, exactement le 19 germinal an III, par un personnage déjà cité: Joseph Guezno, notaire et frère du conventionnel Mathieu qui repose à Audierne – que de nombreux écrits parlent de Saint-Tugen. Citons Daniel Bernard, L’Abbé Velly, le chanoine Pérennès et Hyacinthe le Carguet, sans oublier les publications des érudits locaux réunis au sein du comité de sauvegarde du patrimoine à Primelin – Qu’il existe un trésor qui a une histoire remontant à 1793: un calice subtilisé par une femme du Cap, à la barbe des soldats chargés de diriger vers la fonderie les objets de culte récupérés à la chapelle – que des pèlerins de Plouhinec se sont noyés autrefois dans le port d’Audierne en revenant du pardon. A l’époque, il n’existait pas de pont entre Audierne et Plouhinec ( le 17 juin 1725-52 noyés) – Que Marguerite d’Angoulême, soeur de François Ier, serait venue prier à Saint-Tugen pour demander la libération de son frère prisonnier de Charles Quint . Un texte traitant de ce sujet se trouverait à la bibliothèque nationale – sans oublier la clé de Saint-Tugen destinée à protéger de la rage Nos anciens étaient donc sous bonne garde: et on allait pouvoir les laisser en paix, à condition de regarder l’épilogue. Epilogue Il avait neigé la veille sur le Cap, une fois n’est pas coutume, mais c’était Noël. Gwenaël émergeait de son sommeil. Il s’était couché plus tard que d’habitude, après avoir trouvé ses cadeaux auprès du sapin, et s’être arrêté devant la crèche de Noël car, pour être sûrs de ne pas se tromper, ses parents faisaient les deux. Il sauta de son lit, et courut, pieds nus vers la chambre de ses parents en hurlant: -Maman, je veux aller à Saint-Tugen voir Tante Gaïd et Tonton Lom – Calme toi disait sa mère. Qu’est-ce que tu racontes ? – A Saint-Tugen maman. Ils sont morts tous les deux. – Allons, allons !! Nous irons cet après-midi si tu es sage, mais je crois bien que tu as rêvé un peu non ? Regarde comme c’est beau chez nous. En effet, la maison située sur la côte nord, bénéficiait d’une vue exceptionnelle, loin de ce qui n’a pas de nom, à Audierne et Esquibien . Regardez: depuis Bremeur jusqu’à Brezellec en passant par Louedec Le soleil se levait à l’est, vers Douarnenez. On distinguait très bien la presqu’île de Crozon où se détachait Pentreiz (bonjour Pentreiz) , Telgruc, et Morgat avec le Cap de la Chèvre. plus loin  »les Tas de Pois », la pointe Saint Mathieu et l’entrée du goulet de Brest, et dans la petite brume l’île de Molène . Par très beau temps, on apercevait l’île d’Ouessant, et la nuit, on voyait les phares. C’était magique! Gwenaël se retourna vers sa mère et lui dit: – Quand je serai grand, c’est ici que j’habiterai !! Fin (sous réserve d’ajout de photos) On a tout de même oublié de vous dire que depuis cette histoire, et selon des informations parues dans la presse locale des cours de breton sont donnés au foyer logement de Pont-Croix. Curieusement, le personnel a accepté de jouer le jeu, de manière à pouvoir mieux dialoguer avec les anciens qui, sans le savoir sont devenus des pédagogues. Si d’aventure, il leur arrivait de lire cette histoire dont ils ont parfois été les acteurs involontaires, qu’ils veuillent bien accepter les remerciements de :
Spartacus,
l’esclave romain qui fut crucifié parce qu’il s’était révolté

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Le voyage à l’Île de Sein

7 septembre, 2012
Nouvelles | Pas de réponses »

Le voyage à l’Île de Sein

(Texte sans photos)

Avant-propos

Les photos sont de Danaé, de Patrice Guichaoua et Spartacus. Droits réservés pour toutes les photos. Remerciements particuliers à Patrice Guichaoua pour la très belle photo du phare de la Vieille et à Danaé pour tout ce qui concerne l’île de Sein

******

Tonton Lom et Tante Gaïd dormaient désormais dans la paix, après une vie bien remplie, sous la protection de Saint Tugen. Ils étaient devenus, bien malgré eux, des héros locaux, et certains personnages de leur génération voulurent témoigner encore une fois pour leur rendre hommage. L’hommage des modestes, rendu par des modestes à d’autres modestes, conformément à ce qui se chante souvent, pour dire un dernier au-revoir à ceux qui s’en vont:

Ils sont nombreux les bienheureux, qui n’ont jamais fait parler d’eux….

C’est ainsi qu’un certain Tonton Jean-Clet, originaire de Plogoff, (peut-être de Kerherneau ou de Pennéac’h), voulut rencontrer ceux qui étaient en mesure d’apporter un complément à cette histoire. Il souhaitait participer au sauvetage de cette mémoire qui pourrait disparaître si on n’y prenait garde. C’est ainsi que Danaé et Spartacus se retrouvèrent à la Pointe du Raz au restaurant  »Armen », pour écouter l’ancien marin , ex gardien de phare. Il avait également servi de guide occasionnel pour piloter les touristes dans les circuits de visites, tant à la Pointe du Raz que sur la mer. Voilà pourquoi et comment, il avait fait la connaissance de nos deux anciens, au cours d’un voyage du troisième âge, à l’île de Sein . Mais il voulait tout d’abord dire deux mots sur l’histoire de la Pointe du Raz

- Savez-vous d’où vient le nom du restaurant  »Armen » où nous sommes, demanda le vieux  »marin-gardien » ?

- Du phare qui porte ce nom répondirent les deux apprentis reporters

- Evidemment ! mais vous ne savez sans doute pas que c’est la troisième fois que ce nom est utilisé. En effet, avant la guerre (2ème guerre mondiale), on recensait déjà cinq hôtels à la Pointe du Raz. Il y avait, entre autres, l’hôtel restaurant du Raz de Sein, succursale de l’hôtel de France à Audierne, le Grand hôtel moderne appartenant aux propriétaires de l’hôtel du commerce d’Audierne (ex hôtel Batifoulier où fut servi le repas d’inauguration du petit train Audierne-Douarnenez- aujourd’hui magasin de chaussures), et aussi l’hôtel restaurant  »Armen ». Ce dernier avait été créé par un couple de gens entreprenants, par ailleurs commerçants en pâtisserie à Audierne. Le patron oeuvrait à Audierne et la patronne à la Pointe du Raz. Tante Jeanne, c’est ainsi qu’on l’appelait, était originaire de Goulien, aînée d’une famille de neuf enfants, sans beaucoup d’instruction. Tout cela peut sembler banal, mais il y a une anecdote intéressante à signaler. En effet, c’est dans ce restaurant qu’est venu Clemenceau, le  »père la Victoire », déguster le homard à l’armoricaine réputé le meilleur du coin, au cours d’un voyage en Finistère. Quand on pense que bientôt c’est la coque Q790, épave du Clemenceau qui va franchir le Raz. (Ce sera sans doute fait lorsque ces lignes seront publiées). Il faut ajouter que cette anecdote fait l’objet d’un témoignage écrit établi par l’héritier des premiers propriétaires de l’hôtel cité. La rivalité entre hôteliers était souvent assez vive, parfois médisante et le passage de Clemenceau créa des jalousies entre tenanciers. La médisance fit circuler le bruit que certains avaient des relations, du  »piston », des protections, et même des choses pas trop nettes peut-être etc.. Plus tard, avant le grand départ pour l’éternité, la  »médisante en chef » dont nous tairons le nom, exprima le souhait de revoir Tante Jeanne pour solliciter le pardon de tout le mal qu’elle avait pu faire par jalousie et méchanceté .. Tante Jeanne ne refusa pas l’entrevue. Le pardon fut exprimé par un simple baiser, le baiser de la paix. N’est ce pas là un beau cas de charité ? A méditer !!

En fait, la seule rivalité admise à l’hôtel  »Armen », venait de la baie des Trépassés où officiait Tante Marie-Jeanne à l’hôtel  »Ville dYS ». Les deux patronnes étaient soeurs. Parfois elles étaient même complémentaires et les crabes servis à  »l’ Armen », provenaient souvent de la  »Ville d’Ys ». Tonton Lan, époux de Marie-Jeanne, avait un petit bateau au Vorlen, et pour la pêche c’était un champion. Comme tout cela se passait à l’époque où il n’y avait ni téléphone ni électricité, les deux soeurs avaient mis au point un code de signaux, à savoir qu’un torchon accroché à une fenêtre de  »l’Armen », signifiait une demande urgente de ravitaillement . Il faut préciser que le torchon était visible de la Baie car les deux hôtels se voyaient sans même utiliser des jumelles. A la vue du torchon, les gamins de la baie se rendaient à pied à Bestrée où se trouvait la réserve de crustacés dans un vivier flottant, et livraient  »l’Armen » le plus vite possible. Tout cela paraît désuet aujourd’hui. Pourtant, en 1959, l’hôtel  »Ville d’Ys », fonctionnait encore sans eau courante ni électricité.

Voyez, j’ai une photo du Vorlen (ci-dessus). Nous irons voir, un jour peut-être, mais pas aujourd’hui.

Il existe de vieilles cartes postales représentant  »l’Armen » , mais il faudrait l’autorisation pour les afficher ici. On peut y voir des personnages en tenue d’époque, coiffe et tablier blanc pour les femmes, casquette de marin pour les hommes, ainsi que les cars assurant la liaison Quimper-Pointe du Raz, via Audierne, d’où provenait le ravitaillement des hôtels. Pas de 35 heures à l’époque !!!!! D’autre véhicules aux formes désuètes sont en stationnement devant l’hôtel. Hélas, l’identification des personnages est difficile. Pourtant on dirait…..Bon, ne disons rien!!

Puis, il y eut la guerre (la seconde guerre mondiale), et la construction de la cité commerciale ‘ancienne version) autour de 1960. L’hôtel Armen fut reconstruit, au titre des dommages de guerre, mais Tante Jeanne avait vieilli. C’est ainsi qu’elle se mit à la recherche d’une cuisinière et qu’on lui présenta Madame X…. Informées par la rumeur, certaines bonnes âmes crurent devoir informer Tante Jeanne au sujet de la candidate pressentie. Elle était communiste et donc pas fréquentable. Tante Jeanne passa outre, et embaucha Madame X… ce qui permit à son petit fils de donner plus tard sa version des faits:

 »A L’Armen, le soir, quand le service était fini, tout le monde allait se coucher. Dans la chambre 1, on récitait le chapelet, et dans la chambre 2, on lisait l’Humanité  ».

On a presque envie d’ajouter que nos anciens savaient, à leur manière, pratiquer la tolérance. Encore un sujet de méditation !!

. Puis, l’hôtel fut vendu. Un restaurant tenu par un neveu de la défunte patronne de l’hôtel  »Armen » détruit par l’occupant, reprit le nom , qui est désormais porté dans la nouvelle cité par les acquéreurs de ce restaurant tranféré ici lors de la réhabilitation de la Pointe du Raz.

Sachez encore que la statue de Notre Dame des Naufragés date de 1904 (inaugurée le 8 avril 1904 par Monseigneur Dubillard.

La Pointe du Raz a connu des visiteurs célèbres: Jules Renard (1864-1910), Jules Michelet (1798-1874), José Maria de Heredia (1842-1905) qui a écrit  »Armor » dans  »les Trophées », Gustave Flaubert (1821-1880) :  »Par les champs et par les grèves », sans oublier plus récemment Henri Queffelec qui a porté une appréciation sur les Capistes:

 »Le Capiste est un gars qui n’a peur de rien »

Et encore Sarah Bernhardt, Anatole Le Bras (Le gardien du feu), Georges Perros, Tristan Corbière et Jeanne Nabert, plus ceux qu’on oublie…

Mais , il faudra revenir me voir un jour, et je vous expliquerai la Pointe du Raz, comme je la présentais aux touristes quand j’étais plus agile. Regardez ce que l’on voit sur la côte nord par exemple.

Aujourd’hui, je veux seulement vous parler d’un voyage à l’île de Sein, au cours duquel j’avais rencontré Tonton Lom et Tante Gaïd. Nous étions partis de Sainte Edwette:

pour embarquer à bord de l’Enez Sun

La mer était un peu agitée, mais pas au point de nous rendre malade. Nous étions à l’intérieur, à cause du vent et des embruns, mais on voyait très bien la côte. On m’avait demandé de parler de ce que l’on voyait à terre. Comme j’avais fait plusieurs fois le trajet avec mon bateau pour livrer des crustacés à Audierne, je connaissais très bien presque tous les cailloux, et je me revoyais faisant le guide à la pointe du Raz. Allez: en route que j’ai dit ! Regardez et écoutez. Parfois ça barde ici !!

Vous voyez le sémaphore de Lervily, juste après l’île aux vaches. Cette pointe est dangereuse par temps de brume. Souvent des plaisanciers s’échouent là dessus. Il y a même des accidents car les pêcheurs vont souvent trop près chercher les bars dans les rouleaux, et une mauvaise lame peut renverser mes meilleurs.

Aujourd’hui, le sémaphore est occupé par des particuliers. L’administration a seulement gardé le feu, mais il faut connaître quand même. Avant , les vieux marins avaient un radar dans la tête. Aujourd’hui, tout le monde lit un écran, c’est plus simple.

Ici, c’est le Lennac’h. Juste une petite grève. Tous les ans, ceux d’Esquibien reconstituent le travail du goémon au cours d’une fête. c’est à voir. . Le rocher isolé que vous voyez à droite c’est  »la Louve ». Attention à marée haute car il est recouvert. Certains marins s’amusent à passer entre ce rocher et la côte. Moi je ne l’ai jamais fait puisque cela ne sert à rien, sauf à prendre des risques. On va bientôt voir la plage du Treiz que l’on appelle aussi Saint-Tugen, mais avant regardez la pointe de Pen an Enez. (Pointe de l’île). Autrefois il y avait un corps de garde là dessus pour surveiller les anglais . A terre il reste encore un vieux canon que personne n’a encore volé car il est trop lourd à transporter. tenez, j’ai une vieille photo

Là je dois vous dire que j’ai vu Tante Gaïd toucher discrètement son chapelet car on voit le clocher de Saint Tugen, et Saint Tugen chez nous, enfin….vous savez bien quoi…Elle avait bien le droit de faire une petite dévotion tout de même hein !!Souvent les hommes font la même chose mais sans le montrer. C’est là que Monsieur Queffelec se trompe. Même le Capiste peut avoir peur, dans certains cas, je vous le garantis !!!

Ici c’est l’ancien vivier de Pors Tarz. Je l’ai connu en activité, mais aujourd’hui il n’est plus utilisé pour conserver les crustacés. Tout se passe à Audierne. A côté c’est le  »Poul la Nièvre ». C’est le nom d’un pétrolier de la marine nationale qui a fait naufrage en 1937. La première marée noire pour nous. Vous voyez aussi la petite digue qui constitue un petit port, utilisé en été par des riverains

On va bientôt voir la plage du Loch, juste après la pointe du Castel. C’est une jolie plage avec sa digue et des petits bateaux derrière. L’inconvénient c’est que les bateaux sont au sec à marée basse

Et juste après, sur la crête la jolie chapelle de notre Dame de Bon Voyage.Elle a été construite en 1702-1703, par le seigneur de Kerazan à Cleden.Il avait fait le voeu de construire cette chapelle après avoir failli se noyer. C’est un beau pardon, tous les ans le 2ème dimanche de juillet.

Tante Gaïd que l’on n’avait pas encore entendu, fit remarquer qu’elle connaissait bien cette chapelle puisqu’elle avait assisté au pardon plusieurs fois, qu’elle connaissait bien le cantique etc….En s’exprimant ainsi, elle tenait sa main droite dans sa poche. Personne n’avait rien dit, mais tout le monde savait que son chapelet ne la quittait jamais. Jeanne-Yvonne se contenta de sourire, sans parler.

On n’allait pas tarder à voir Pors Loubous, un petit port chargé d’histoire puisque c’est là que débarqua, pendant la dernière guerre d’Estiennes d’Orves, un grand résistant, fusillé par les Allemands au Mont Valérien. Il était transporté par François Follic, un îlien, sur le bateau  »Marie-Louise ». On a mis une plaque pour commémorer cet évènement. Le port est assez joli. Parfois j’y mettais mon bateau, mais on était toujours en alerte car on ne pouvait pas rester là en cas de tempête.

Justement la mer commence à s’agiter. Tante Gaïd se sent un peu patraque. Tonton Lom est là heureusement. Il lui tient la main, et c’est tout ce qu’il peut faire car on n’a pas encore trouvé le vrai remède. Mais, Jeanne-Yvonne garde son sang-froid, et commence la distribution de petits morceaux de sucre imprégnés de d’eau de fleurs d’oranger. ça va mieux.

Tiens, regardez bien! Vous voyez cet espèce de grand hangar. C’est l’ancienne bergerie, construite à l’époque du projet de centrale. Vous vous rendez compte:une centrale nucléaire ici ! Enfin, c’est fini tout ça heureusement. Maintenant c’est un centre équestre, mais que de souvenirs ! C’est notre histoire ! Aujourd’hui peu de gens osent dire qu’ils étaient pour la centrale. Ils préfèrent dire qu’ils manquaient d’informations, mais tiens !! Et Tonton Jean-Clet leva le bras droit, sur lequel vint frapper le bras gauche. On ne connaît pas encore l’expression bretonne pour dire un bras d’honneur, mais le geste est connu….(eur vrec’h enor peut-être!!)

Ah, Feunteun Aod, la fontaine de la grève. Ce joli petit port est agréable par beau temps, mais moi je préférais Bestrée

A Bestrée on dispose d’un petit treuil pour monter le poisson sur une plateforme. C’est plus facile. La digue protège bien aussi, mais par tempête il faut partir. Le gros avantage, c’est qu’on est tout près des lieux de pêche. Mais, regardez, nous sommes presque à la Pointe du Raz. Je connais bien tous ces coins là puisque j’ai fait le guide pour les touristes (il l’avait déjà dit; et alors ?). On faisait parfois de bonnes journées; les gens étaient souvent généreux en pourboires car on les aidait dans les passages difficiles et même dangereux. Il vaut mieux connaître avant de prendre des risques. En bas, c’est le vide. Là, c’est la pointe de Coumoudoc, et plus loin  »Ar Pladen », disons un endroit plat. Pas grand, mais suffisant pour un pêcheur à pied; les gens qui connaissent descendent là avec leurs cannes à pêche. C’est agréable, mais en bateau c’est mieux.

Et Maintenant, l’extrémité de la pointe! L’enfer de Plogoff bien-sûr ! C’est une espèce de tunnel sous la pointe. Puis le  »Toul Bihen » (petit trou), la passe de  »Trouzyar (bruit de la poule) et les Gorleik (roches): Gorlegreiz (roche du milieu), Gorlebella (la plus éloignée), j’en passe, et le phare de la Vieille dans lequel j’ai exercé mon métier de gardien.

(photo de Patrice Guichaoua)

(photo de Danaé)

J’aimais ce métier.On embarquait à Bestrée, et en arrivant au pied du phare, on envoyait les provisions à la relève descendante par un jeu de cordes et poulies. Puis la relève montante utilisait cet espèce de va et vient pour rejoindre son poste. Ce n’est qu’après le passage des consignes que les autres descendaient. Ces relèves étaient dangereuses, mais on était lestes. En principe on restait 2 semaines, mais une fois je suis resté un mois à cause de la tempête. La tour du phare tremblait tellement qu’on a cru que c’était fini pour nous. Dans ces cas là, on mangeait les vivres de réserve, surtout des conserves. Ce qu’il fallait , c’est que la lampe reste allumée. Parfois on ne voyait même pas la terre. Enfin, on était jeunes, et puis on n’est pas mort. Le plus dur c’était pour les familles quand elles n’avaient pas de nouvelles. Nous n’avions même pas la télé à cette époque, juste la radio pour les informations.

Allez, regardez  »La Plate ». C’est tellement dangereux qu’il faut des feux partout, sinon les bateaux n’auraient aucune chance. Déjà que parfois….Il n’y a pas longtemps, près de Tévennec, encore un petit jeune qui pêchait le bar. Perdu corps et biens. Tévennec c’est l’îlot là-bas. Les îliens y vont pour les  »pouces-pieds ». Les professionnels pêcheurs de bars sont souvent ici. A la télé, Thalassa les a appelés

 » les Seigneurs de la mer  ».

Il faut les voir, parfois à 7 ou 8, les uns près des autres, dans les courants. Dès que ça mord, ils débrayent le moteur pour se laisser aller dans le courant et remonter les poissons. Souvent il y a plusieurs bars très gros sur la même levée car ils pêchent avec 10 ou 12 hameçons, des  »lostars » comme ils disent. Ils ne pourraient pas remonter leur ligne contre le courant tellement celui-ci est puissant. Mais avec 100 kilos de bars au cours d’une partie de pêche, le marin fait une belle journée. C’est pour remplacer les mauvaises journées car parfois c’est nul. Dans tous les cas c’est dangereux.

Ah, l’île de Sein est en vue. Le débarquement a lieu au pied du phare de Menbrial.

Sitôt débarqués, ils se trouvent devant l’abri du marin. Il faudrait raconter l’histoire de ces abris du marin mais c’est un autre suje

Ils longent les quais, respirant l’air iodé qui les ranime un peu. L’île est calme, pas de voitures, pas de vélos, les chiens et les chats sont en liberté. Tonton Lom semble aux anges quand , tout à coup, il s’écrie:

 »Regarde Gaïd, cette rue c’est pour nous »

Et Tante Gaïd d’ajouter:

 »Oh oui alors ! C’est la rue  »Monte au ciel  » ! C’est toi le bolchevick qui dit çà ! Je crois que le Bon Dieu est gentil avec nous. Allons jusqu’à l’église. Je voudrais faire une petite prière pour tous ces îliens qui se sont réfugiés dans l’église lors des raz de marée qui ont submergé l’île à plusieurs reprises. Là encore, c’était le Bon Dieu. La dernière fois c’était en 1924. Et Tonton Lom accompagne Tante Gaïd dans l’église. Respectons leur silence.

******

Le déjeuner est servi au restaurant,  »chez Brigitte ». Un ragoût de homard  »marplij » (s’il vous plaît) ! Et c’est Tonton Lom qui reçoit, comme pour un retour de noces. Jeanne-Yvonne se régale, surtout qu’elle fait partie des invités d’honneur. Le budget du tailleur de pierres va en prendre un coup, mais  »au diable l’avarice », pour une fois.

Après le café, en route pour la promenade dans une remorque tirée par un tracteur agricole un peu récalcitrant, et cahotant sur les chemins de l’île.

Le chapelle Saint Corentin. On raconte que, parfois, lorsque le Saint ne répondait pas favorablement à une demande, on le mettait au  »piquet », en retournant contre le mur sa statue qui se trouve à l’intérieur de la chapelle. Mais, il ne faut pas croire tout ce que l’on raconte !!

Le rocher du Sphinx, et le monument de la France Libre

Il faudrait un ouvrage complet pour parler de l’île de Sein. De nombreux auteurs s’y sont consacrés. Ne les plagions pas. Disons cependant que, en d’autres temps, l’île de Sein fut appelée le quart de la France et que la coiffe des îliennes  »la Jibilinenn » est portée depuis l’épidémie de choléra de 1886, que la vie dans une île ne se compare pas à la vie sur le continent, et tant d’autres choses comme la peste de Plogoff, à la fin du XVIème siècle. (Les survivants de cette épidémie furent nombreux à émigrer à l’île)…Une visite de l’île, entre 2 liaisons de bateau, ne permet qu’un tour d’horizon très rapide, d’autant que l’heure du retour approche. Il ne faut pas rater le départ car on serait condamné à attendre le lendemain. Embarquement donc ! La mer s’est un peu calmée. On peut donc rester sur le pont pour profiter des paysages tout en regardant les dauphins qui batifolent autour du bateau. Que de poésie dans ce voyage. Il faut rappeler que tout cela a été décrit, on devrait dire chanté, par des écrivains de talent dont Anatole Le Bras, l’auteur de l’histoire d’un meurtre dans un phare, peut-être à Tévennec à l’époque où l’îlot était gardé par des hommes: un couple et un célibataire. Part du rêve, part de la réalité, à chacun son point de vue.

Et le retour se déroule tranquillement, les paysages défilant en sens inverse du voyage aller.. Une petite heure de trajet, et Sainte Edwette est bientôt en vue

C’est en apercevant des gens sur le sentier côtier que Jeanne-Yvonne se mit à fredonner:

Les chemins bretons sont des fantaisistes

Qui vont de travers au lieu d’aller droit

…….

Qu’importe ils s’en vont vers de gais lointains

N’est-ce pas ainsi qu’est la vie humaine ? (poème de Jos Parker)

Les organisateurs on prévu le petit car pour le transport des anciens. Ils ne vont pas rejoindre directement le foyer logement car, une petite collation est prévue dans un hôtel à la Baie des Trépassés. Et Tante Gaïd de rappeler que, il y a bien longtemps, elle avait fait une saison à l’hôtel de la Ville d’Ys dont le nom n’existe plus.

Le soleil allait bientôt se coucher. C’est alors que Jeanne-Yvonne, avec peut-être un peu de vague à l’âme, fit entendre un des classiques bretons de son répertoire:

 »An héol a zo kuzet, setu échu an dé »…..

Kousk, Kousk Breiz Izel…..

Le soleil s’est couché, déjà le jour n’est plus…

Dors, dors Bretagne…

Voilà, c’est la fin de cette histoire que Danaé et Spartacus ont eu beaucoup de  »plijadur » à vous raconter. Kénavo (au revoir), et à bientôt pour d’autre konchennous, des histoires de chez nous, du Cap-Sizun au bout du monde, là où s’arrête la terre et où commence la mer

La mer, toujours la mer, a quelque chose à dire

Musique et poésie, amour et liberté

Ces mots que nous chantons, vogueront beaux navires

A travers les saisons toute une éternité

La mer….toute une éternité

***

Les vagues sur la mer ont des portées géantes

Où les marins pêcheurs inscrivent leurs bateaux

On entend tous les jours , à la marée montante

En baie de Saint-Brieuc la symphonie des eaux

(On n’a pas osé mettre en baie des Trépassés pour respecter le poète)

*****

C’est le chant des galets sur les doigts de l’écume

Le piano de la pluie, le violon des haubans

C’est le fracas du flot qui bat sur son enclume

La rumeur du reflux et l’adagio du vent

*****

Nous, fils de de la marée vivons à la bouline

Entendez-vous la mer qui porte nos émois

Nous avons plein le coeur de musique marine

Du goémon dans les yeux des embruns dans la voix

La Mer… toute une éternité

(Poème: Christian Quéré-musique Léon Guillou)

(fin provisoire ; possibilité de modifications texte et photos, suite au bug déjà cité)

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